Bouddhisme et Sida

Le sida, un enseignant sur le chemin de notre humanité


"Yannick"

Quatre à cinq ans après l'apparition des tri-thérapies qui ont suscité, à l'époque beaucoup d'espoir dans le traitement du sida, le bilan semble en demi-teinte : au-delà des résultats incontestables et des vies sauvées, les effets secondaires sont très importants et certains patients se retrouvent en "échappement thérapeutique" (les molécules n'ont aucune efflcacité ou la perdent avec le temps). Lorsqu'il apprend sa séropositivité, il y a 13 ans, "Yannick" vient d'être engagé comme steward par une compagnie aérienne. L'annonce du diagnostic tombe comme un couperet et bouleverse sa vie, mais il est alors bien loin d'imaginer le cheminement intérieur que le sida va susciter ! Témoignage.

" La médecine officielle ne me proposant aucune alternative que d'attendre d'être malade, très tôt, je me tourne vers les médecines naturelles qui m'offrent de travailler sur mon terrain biologique, dans le respect de celui-ci. Je me disais, à l'époque, que si ça ne me faisait pas de bien, ça ne pourrait de toute façon pas me faire de mal. C'était pour moi une manière de ne pas rester passif face à la maladie. Mais en 1995, les résultats de mes analyses sanguines étant des plus mauvais, les médecins allopathes considèrent que je rentre dans une zone de danger: je ne comptabilise alors plus que 200 T4. (ndlr : les T4 sont les globules blancs attaqués par le virus; la norme se situe au alentour de 800 par mm3 de sang. Leur baisse en nombre signifiant la progression de la maladie). N'ayant toujours aucune solution thérapeutique, je commence alors à m'intéresser à l'approche spirituelle de la maladie. C'est à cette époque que j'effectue mon premier séjour à Karma Ling pour y recevoir une initiation à la méditation zen. L'enseignement du Maître fait preuve d'une grande ouverture d'esprit: à l'issue du week-end et après une séance où chacun vient de s'exprimer par rapport à son vécu de la méditation, il conclut: " Voilà, vous êtes vingt, il y a vingt expériences différentes et vingt façons de méditer ". Cette liberté et cette tolérance, le respect profond de l'expérimentation individuelle me séduisent et lors de l'entretien privé qu'il nous accorde, je l'interroge sur la façon dont le bouddhisme appréhende l'homosexualité. Là encore, je constate qu'il n'a aucun à priori sur la question et nous déplorons ensernble qu'il ne connaisse pas de Maître plus apte que lui pour répondre à mes questions sur le sujet ! (rires).

Cette démonstration concrète de tolérance achève de me convaincre. Et l'homme dégage une telle bonhomie - que l'on retrouve entre autres chez le Dalaï Lama - qu'il ne peut qu'attirer la sympathie et derrière ces bouffées de joie communicative, je commence à sentir qu'il y a une profonde sagesse... "

Samsâra : À cette époque, vous entreprenez donc de devenir votre propre thérapeute. Vous-vous intéressez au fonctionnement du corps humain. Pouvez-vous nous expliquer comment s'est fait le lien entre démarche de santé et démarche spirituelle ?

"Yannick" : Prendre de l'homéopathie ou se faire suivre en énergétique chinoise, c'est obligatoirement se poser des questions sur le fonctionnement du corps humain, mais c'est aussi s'interroger sur d'autres concepts régissant le monde vivant, c'est accepter de considérer l'aspect énergétique des choses, c'est les placer sur d'autres niveaux. En me tournant vers les médecines naturelles, je me suis rendu compte que celles-ci replacent l'homme dans son environnement, par souci d'écologie.

" Via la médecine chinoise et l'homéopathie, j'en suis arrivé au spirituel, et le bouddhisme était alors incontournable !... "

Contrairement à nos médecines occidentales, les médecines chinoise, ayur-védique ou tibétaine, ont une approche du corps humain qui s'inscrit dans une vision plus large de l'individu. Il y a derrière ces pratiques millénaires toute une philosophie de l'être humain et de l'univers dans lequel il évolue. L'homme n'est plus réduit à un seul corps physique, mais il possède également un corps énergétique, émotionnel, mental et spirituel et chacun de ses corps est évidemment en étroite interdépendance avec les autres et avec leur environnement extérieur.

Interdépendance : le mot est lâché et le bouddhisme y accorde une grande importance. C'est d'ailleurs ce que l'on expérimente de façon dramatique à l'heure actuelle avec la vache folle, les gaz à effets de serre ou la fièvre aphteuse. Ces drames écologiques nous rappellent de façon alarmante combien nous nous somrnes coupés de notre environnement. J'ai alors commencé à penser que pour que mon corps ne développe pas la maladie, il fallait que je retrouve ce contact avec l'univers qui m'entourait et que je retrouve dans le même temps le contact avec moi-même, que je retrouve l'harmonie en moi, en contactant l'harmonie à l'extérieur de moi. Autant le dire tout de suite, ça ne se fait pas tout seul ! (rires) J'ai donc commencé à prendre conscience du Tout et à penser que je n'étais peut-être pas là tout à fait par hasard. J'ai commencé à me poser des questions.

S : En quoi ceci vous a changé ?

Y. : "ça changeait tout ! Au lieu de vivre la maladie comme une fatalité, comme un truc qui te tornbe dessus sans que tu ne puisses comprendre pourquoi - c'est notre vision traditionnelle occidentale, tout prend un sens, et tu reprends ton pouvoir sur les choses. Tout est là conséquence du karma, et en ce qui me concerne, je pense qu'il n'y a aucun fatalisme à voir dans cette notion. En posant des actions qui vont dans le sens de l'harmonie et de l'amour de soi, des autres, je pense qu'il devient possible de maintenir un état de santé. Rien n'est écrit à l'avance. Ainsi, la maladie devient un signal de disharmonie, douloureux certes, mais qui invite à l'ouverture sur une autre dimension de sa propre perception des phénomènes vers une autre dimension de soi-même et du monde. Cette question du sens est fondamentale. Quand tu reçois un diagnostic de mort imminente (c'était le cas pour le sida dans les années 1985), cette question revient sans cesse. La première étape a donc été de reprendre la responsabilité de mon état de santé. La maladie n'est pas pour moi le fruit du hasard. Mais attention : se responsabiliser ne veut évidemment pas dire se culpabiliser !

S : Plus précisément, comment avez-vous découvert le bouddhisme ?

Y. : Deux ou trois ans avant mon séjour à Karma Ling, il y avait eu la lecture du " Livre tibétain de la Vie et la Mort ". Car avec la question du sens de la maladie, viennent aussi les questions du sens de la vie, et avec une grande acuité, celle du sens de la mort ! Je n'ai certainement pas retenu cinq pour cent de la lecture de cet ouvrage - étalée sur six mois ! - mais je sais que la nourriture que m'a apportée ce livre s'est pourtant placée à un autre niveau. Puis en 1995, j'ai eu la chance de rencontrer à Marseille une femme médecin ayant vécu cinq ans à Darhamsala, auprès de Sa Sainteté. Elle est bouddhiste pratiquante. Cette rencontre a été fondamentale dans ma recherche de sens et pour ma prise en charge. À aucun moment, elle n'a essayé de m'influencer de quelque manière que ce soit : c'est moi qui lui est demandé de contacter le monastère en Savoie (Karma Ling). À cette époque, je faisais beaucoup de choses intuitivement, sans trop comprendre. Mon esprit était dans un état d'agitation intense, je vivais dans une peur permanente. Là encore, on se rend compte de l'importance que les philosophies orientales accordent au calme de l'esprit. Sur un plan physiologique, c'est déjà une réponse intéressante pour surmonter des phases de stress.

S. : Quel a été l'apport de la philosophie bouddhiste dans votre parcours ?

Y.: Essentiel ! En 1995, en même temps que je découvre le bouddhisme, je dois prendre la lourde décision d'entamer un traitement allopathique ou pas. La maladie semble avancer d'après mes bilans sanguins. Mais on manque tellement de recul sur les nouvelles molécules, je ne veux pas servir de cobaye. De plus, je pense que pour suivre un traitement aussi dur, vous avez vraiment besoin d'être en parfait accord avec vous-même. À cette époque, je me répétais comme s'il s'agissait d'un mantra : " Je gagne mon combat sur le Virus !, conformement à la vision qu’en a la médecine occidentale. Parallèlement au combat qui se livrait en moi, je découvre à travers le bouddhisme les principes de non-violence et de non-dualité. Quoi qu'on puisse en penser, un vlrus reste un organisme vivant. Je suis alors devant un dilemme : intérieurement, je vis tout le contraire de ce que je souhaiterais voir émerger à l'extérieur de moi. Et c'est une prise de conscience majeure !

" Nous sommes de plus en plus nombreux à choisir de vivre en harmonie avec leur virus, avec ou sans traitement d'ailleurs, plutôt que de conserver notre bonne vieille vision dualiste, épuisante, du combat CONTRE le sida. "

C'est à partir de cette réflexion que je me suis dit que quelque chose n'allait pas. C'est l'élément clef de mon cheminement. J'ai alors décidé de m'intéresser davantage à cette philosophie et de voir ce que je pouvais en tirer. Le propre d'une philosophie est de pouvoir éclairer tous les niveaux de l'être. J'ai fait un parallèle qui peut surprendre, je l'avoue : j'ai comparé ce que vivent les tibétains en résistance non-violente contre les Chinois à ma propre lutte contre la maladie. En restant fidèle à ses principes philosophiques et religieux, le peuple tibétain a choisi de ne pas livrer de combat face à l'envahisseur chinois. Le Dalaï Lama s'est exilé. Il a inventé une autre forme de résistance. Les tibétains ne pouvaient imaginer alors que, cinquante ans après, leur représentant serait reconnu comme un chef d'état. Je ne pense pas que l'exil ait été un choix stratégique véritable. C'était la seule solution pour rester en accord avec soi-même. Les tibétains se sont placés sur le terrain de la foi, avec la conviction qu'il allait en sortir quelque chose parce qu'ils étaient profondément en accord avec eux-mêmes. Il en résulte que le bouddhisme a aujourd'hui atteint un rayonnement unique dans son histoire et qu'il révèle sa dimension universelle, comme une offrande à l'humanité. Tout cela s'est fait peut-être malgré eux, parce qu'ils ont appliqué ce que leurs disaient les textes au pied de la lettre. Ils se sont respectés. Même si la culture et l'identité tibétaine sont menacées... Voilà pour moi le premier enseignement que m'a apporté le bouddhisme : apprendre à me respecter. Ne pas poser d'acte dans ma vie avec lequel je ne sois pas profondément en accord. À commencer par ma façon de me soigner : j'ai donc décidé de ne pas prendre de traitement allopathique, mais d'inventer ma propre façon de me soigner, en accord avec mon ressenti et mes principes. C'est un choix strictement personnel que je ne recommande à personne. Il est de toute façon révisable à tout moment. Partant de là, j'ai fait résolument le choix de la réharmonisation de ce qui constitue ma vie, plutôt que de celui de la lutte contre le virus. Il y a quatre ans, j'ai décidé de pratiquer un jeûne. Cette expérience de la non-dualité, je l'ai faite dans mon corps : alors que j’étais affaibli par la privation de la nourriture et dans un état d'épuisement lié à plusieurs stress conjugués, j’ai pu observer " l'ennemi ", mon corps sortait de ce face-à-face à mains nues complètement ragaillardi. Je me suis dit qu'il était tant alors pour moi de choisir entre ce que la médecine et la science me disaient, et l'expérimentation que j'en faisais dans ma chair. Je trouve ici intéressant que les philosophies orientales rejoignent les médecines dites naturelles pour lesquelles, comme l'a dit Claude Bernard : " le virus n'est rien, c'est le terrain qui est tout ".

S. : Quelle est aujourd'hui votre démarche thérapeutique ?

Y. : J'ai remarqué qu'à travers les différentes approches alimentaires que j'ai pu avoir, celles qui me réussissaient le mieux étaient celles qui accordaient une dimension énergétique à l'aliment, la macrobiotique notamment. La diététique officielle ne me permettait pas de régler mes dérèglements par la seule démarche alimentaire. Là, j'avais des résultats immédiats sur l'énergie dont je pouvais disposer. J'ai ainsi appris peu à peu à écouter mon corps, qui me donnait la réponse quasi immédiate de ce qui lui convenait ou pas. J'ai ainsi pu observer qu'exprimer mes émotions bloquées et me libérer de mes peurs me permettaient de récupérer de l'énergie. Je travaille donc essentiellement sur mes peurs : l'expérience de jeûne dont je vous ai parlé m'a libéré de la peur de la maladie. Un échange récent avec un médecin africain, pourtant confronté à la réalité du terrain et aux morts quotidiennes, m'a permis de conforter mon opinion : selon lui aussi, " c'est la peur qui tue, plus que le virus ".

L'expérience où j'ai pu travailler sur ma peur de la mort a eu lieu à Karma Ling lors d'une retraite silencieuse. J'y étais arrivé dans un total état d'épuisement physique et mental. Je me suis allongé sur mon lit incapable de faire quoique ce soit d'autre. Je me sentais m'enfoncer. Je me suis dit: " Tu es réellement en train de mourir, c'est la dernière chose qu'il te reste à vivre ". Je ne pouvais pas la refuser. J'ai accepté de vivre ma mort - on n'a pas d'autre choix de toutes façons ! Je suis alors parti dans une espèce de méditation, un sacré exercice de lâcher prise... Je suis sorti de cette expérience quelques heures après, bien vivant ! Libéré de ma peur de la mort... Une fois encore, l'enseignement des tibétains est très puissant à ce propos quand ils nous disent que " toute la vie doit être une préparation à la mort ", que la première des quatre nobles vérités doit être la prise de conscience et l'acceptation de la souffrance. En occident, nous vivons dans la négation de la mort et l'illusion que nous pourrons nous prémunir un jour de la souffrance. Accepter m'a permis de grandir ! Face à une maladie comme celle-là, croyez-moi on se retrouve confronté à la réalité. Fuir ne sert à rien. Intégrer la dimension fondamentale de ma propre impermanence n'a pas été du tout quelque chose de mortifère, mais bien au contraire, cela m'a permis de m'ouvrir à des messages de vie et d'espoir, en adoptant une autre lecture de la réalité des phénomènes qui m'entouraient. Je donne donc la priorité au travail intérieur, à la psychothérapie notamment, surtout aux approches qui incluent le corps et l'énergie, le " dialogue intérieur " notamment. Je respecte des règles d'hygiène et d'harmonie élémentaires... Actuellement, je me confronte à ma plus grande peur : la peur de la vie ! Mon expérience diverge peut-être un peu de ce qu'apprennent les psychologues : la peur de la mort et celle de la vie sont pour moi deux émotions différentes. Mourir ne me pose aucun problème. Vivre me ramène en revanche à la difficulté de l'incarnation...

S. : Revenons aux principes de non-violence et de non-dualité. Comment ceux-ci se concrétisent-ils dans votre relation quotidienne avec le virus ?

Y. : Changer la représentation mentale que je me faisais de la maladie a rendu la prise d'antibiotiques ou d'antiviraux sans grande signification : je n'étais pas malade. Encore une fois, chacun est un cas individuel, et si la maladie se déclenche, s'il y a le feu dans la maison, on appelle les pompiers ! Je le ferais si besoin. Il est précieux d'avoir ces traitements d'urgence et je sais trop ce que certains de mes amis leur doivent. Depuis six ans maintenant, je suis " malade sur le papier ", et pourtant bien portant dans la réalité. Pour les médecins, je devrais attraper tout ce qui traîne. Je passe pourtant systématiquement à travers toutes les épidémies de gastro-entérites, de grippes, ou tout le reste !

" Avec cette vision, le virus n'est pas là pour me tuer, mais devient prétexte à ma croissance. Partant de là, il n'y a plus de place pour la haine. Je crois que nous sommes davantage malades de nos rancœurs, de notre difficulté à pardonner aux autres et à soi-même... "

Le but de toute spiritualité demeure la compassion, l'amour ou l'ouverture du cœur (À noter que curieusement le virus du sida touche les lymphocytes T, fabriqués par le corps au niveau du thymus, tout près de la région cardiaque...). Avec cette vision, le virus n'est pas là pour me tuer, mais devient prétexte à ma croissance - et l'envahisseur chinois n'est plus que le révélateur, celui qui a permis au bouddhisme de rayonner - L'humanité aura énormément gagné au final. Partant de là, il n'y a plus de place pour la haine. Je crois que nous sommes davantage malades de nos rancœurs, de notre difficulté à pardonner, aux autres et à soi-même... J'ai fait le choix de cette voie, La voie du cœur, car je pense qu'il y a là un véritable chemin de guérison, de l'âme en tout cas. Mais les résultats physiques sur l'énergie de mon corps me surprennent : je suis bien plus en forme qu'avant. C'est en expérimentant que cette maladie peut devenir une source de croissance dans l'évolution de notre espèce. Ma propre vie n'a alors que peu d'intérêt ! Mon choix se fait chaque jour en toute conscience du danger : mais naître à la vie c'est déjà prendre le risque de souffrir.

S. : Comment voyez-vous votre karma ?

Y. : Oh là ! Merci pour la question !!!... J'ai de plus en plus envie de témoigner de ce que je peux expérimenter car c'est le sens le plus intéressant que je puisse donner à ma démarche : la partager, l'offrir. Le corps médical parle de chance pour ceux qui font le même choix que moi et restent en bonne santé. C'est faire peu de cas de ce que nous enseignent des principes philosophiques et des médecines rnillénaires. Car nos parcours sont en parfaite harmonie avec ce que ces dernières considèrent comme des lois naturelles. Ce n'est pas parce que ces choses-là ne sont pas encore démontrées scientifiquement qu'elles n'existent pas. J'ai eu la chance de rencontrer sur mon parcours des thérapeutes qui m'ont ouvert à une autre dimension de l'existence. Sans eux, je ne serais peut-être pas là aujourd'hui. Je les en remercie. Si je peux aider d'autres personnes à faire le même chemin, je veux bien alors dire que c'est mon karma ! C'est d'ailleurs pour cela que j'ai écrit un livre. À propos, je cherche un éditeur !

" J'ai fait le choix de cette voie, La voie du cœur, car je pense qu'il y a là un véritable chemin de guérison de l'âme. "

S. : Votre rencontre avec le bouddhisme, vous a-t-elle apporté d'autres valeurs ?

Y. : Comme je vous l'ai dit, j'ai été frappé par le principe de tolérance qui semble prévaloir. Je le rapproche de la notion d'acceptation des êtres et des choses tels qu'ils sont. Le Dalaï Lama ne dit-il pas que si on se rend compte que quelque chose est faux dans les textes, il faudra changer les textes ! Peu de religions et de philosophies font preuve d'une telle ouverture, et d'une telle exigence dans la recherche de la réalité des phénomènes. C'est à mon sens la plus grande force du bouddhisme : il ne fige pas. Je ne suis pas surpris d'ailleurs que ce soit un magazine bouddhiste qui s'intéresse à ce que je peux avoir à dire... Cette capacité à se remettre en question, cette habitude de la réflexion place aussi en avant le principe de l'impermanence des phénomènes. Cette attitude est essentielle pour les gens qui comme moi ont fait le choix d'une voie où rien n'est tracé, hors des propositions médicales classiques. Mes défenses continuent de . diminuer, et chaque nouvelle baisse correspond curieusement chez moi à une plus grande capacité à accueillir ces " mauvais résultats ". La notion que j'avais de la guérison est en train de changer profondément. Je pensais, il y a encore peu de temps, que c'était retrouver un état " normal " d'immunité. À l'heure actuelle, je me demande si le défi que nous lance le sida n'est pas de nous amener à placer nos défenses à un autre niveau, non plus dans le combat et la défensive mais dans l'ouverture à la vie, la confiance. C'est ce que j'expérimente tous les jours. L'expérimentation de la compassion ne constiturait-elle pas la meilleure des défenses ? Les tibétains nous ouvrent en tous les cas ce chemin-là. Et nous avons tous en tête l'exemple de ces religieux qui secouraient les lépreux sans jamais tomber malades. Et si le sida nous plaçait devant le même défi ? D'abord se libérer de la peur, puis entrer dans l'amour, de soi, de l'autre. Véritable défi lancé précisément à l'entrée d'une ère dont l’on dit qu'elle sera spirituelle ou ne sera pas... Le virus devient alors un enseignant sur le chemin de notre humanité. Il arrive là précisément pour nous élever à un autre niveau de conscience, et nous permettre de prendre conscience de notre dimension énergétique et du pouvoir de notre esprit sur notre corps. Car je ne crois pas que l'on pourra efficacement et durablement vivre le sida en faisant l'économie de ces enseignements-là !

S. : Comment envisagez-vous la poursuite de votre chemin spirituel ?

Y. : Je relie aujourd'hui mon cheminement spirituel à un projet professionnel. Dans les stages que j'anime, on travaille en petits groupes de 8 personnes sur l'expression de nos émotions. On pleure beaucoup dans mes stages ! (rires) Mais on rit tout autant ! L'émotion est directement en rapport avec le cœur. J'aime voir chacun des participants s'ouvrir peu à peu et rentrer dans cette dimension d'amour qui est à mon avis en rapport profond avec notre humanité. On se rapproche chaque fois un peu plus de cette dimension de compassion et d'amour inconditionnel du Bouddha. Si je peux continuer dans cette voie-là, c'est idéal ! ''

La Rédaction

Article paru dans " Samsara ", mai-juillet 2001.

Site Internet : http://www.bouddhisme.com
E-mail : samasara@bouddhisme.com


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