Réveillée par le virus.

Sandrine

Mai 1989 une femme médecin de l'hôpital intercommunal de Créteil dans le Val de Marne m'annonce sur un ton grave: "Mademoiselle, vous êtes séropositive... Le corps médical constate aujourd'hui que chaque séropositif declare à un certain moment un sida mais la médecine s'efforce de trouver des traitements pour permettre aux gens de vivre plus longtemps. Dans l'attente d'un vaccin vous pouvez retarder votre échéance de vie de 10 ans en adoptant une vie saine".
Mon diagnostic était tombé comme une condamnation à mort. Après une courte instant, le toubib poursuivit avec des questions d'usage sur ma vie sexuelle avant de me dire: "Nous déconseillons à toute femme séropositive d'être enceinte, ceci pour éviter que l'enfant contracte la maladie ou qu'il devient orphelin". Pour conclure l'entretien le toubib me recommande de surveiller la chute inévitable de mes cellules T4 par des bilans réguliers et de prendre un traitement dés qu'elles descendraient à 400.
Je sortis de l'hôpital comme une zombie serrant en boule dans ma poche le papier prouvant ma séropositivité. Le bilan pessimiste avait évidemment atteint mon moral déjà bas, puisque je traversait une période de tristesse, de cafard, de ras le bol: j'étais dépressive.
Désormais une pensée de plus hantait mes jours, mes nuits. Me sentant si faible, si impuissante devant une telle injustice, je décidais ma façon de mourir. Toxicomane je préférais mourir d'une overdose, qu'à petit feu de la maladie et je continuais à me détruire. Tout en adoptant une attitude "je m'en foutiste" j'attendais l'apparition des symptômes et j'angoissais de plus en plus à chaque diarrhée, sueurs nocturne, perte de poids. Vivre ainsi était l'enfer.
Puis un jour j'ai compris que mes symptômes étaient liées à la prise de drogue. J'étais responsable de mon état de santé. Je réalisais qu'il était donc possible d'utiliser mon énergie pour refaire surface, comme je l'avais employée à ma destruction. Ma dépendance à la drogue était le problème majeur à traiter, et pour cela j'avais besoin d'aide. Cela m'était très dur d'aller au devant des autres: famille, amis, médecins. Je sentais mon désir de vivre plus fort que celui de mourir mais je ne trouvais aucune motivation. Je n'avais aucune envie de faire comme le plupart des gens qui organisent leur vie autour de leur boulot pour gagner un mois de congés par an et la retraite à 60 ans. J'avais beaucoup de mal à ne pas tomber dans la psychose du sida et je me demandais qu'elle serait la première maladie opportuniste qui se déclarerait.
J'ai essayé de retrouvera joie de vivre par la prise d'antidépresseurs, par la psychanalyse, par la thérapie de groupe. Ce travail m'a permis de comprendre comment j'en étais arrivée là mais je ne pouvais cesser ma consommation de drogue. Je restais tiraillée entre le désespoir et l'envie de remanier complètement ma vie. Cette dernière hypothèse me faisait très peur, et j'entretenais le doute par des questions que chacun se pose lorsqu'il n'ose pas: "Est-ce que je peux y arriver? Est-ce que cela va changer quelque chose? Est-ce bien la peine?" J'avais besoin d'être poussée dans ce choix de repartir à zéro. Ce petit coup de pouce, c'est ma mère qui me le donna.
J'ai repris le travail en thérapie de groupe et là un jour lors d'une séance j'ai eu le déclic: j'ai senti qui j'étais et ce que je voulais vivre. Enfin j'avais un objectif: TRE BIEN. Mon état physique reflétant mon état psychologique, j'ai peu à peu appris à écouter mon corps. J'ai compris qu'il me donnait des révélations selon mon alimentation, mes émotions, mon comportement.
Ma décision était prise, je devais vivre autre chose, autrement. De ma séropositivité je ne retenais que le positif. C'était à moi de prendre en main ma santé. Refusant de ressembler aux souris de laboratoire je rejetais la bithérapie. Le seul traitement possible pour moi était de reconnaître et de rassembler les différents facteurs qui engendraient mon bien-être. Environnement, géographique, activités, amitiés, amour, sexualité... c'est en cherchant ces éléments dont j'avais vraiment besoin que j'ai pu un à un les réunir pour avoir aujourd'hui ce que j'appelle une bonne qualité de vie. Grâce à ma séropositivité diagnostiquée je vis plus sainement et naturellement.
Merci à toi petit virus qui fait tant parler de toi, mais dont l'existence n'a pas réellement été prouvé.

Merci à Maman et à Niro.

Sandrine Messy, mai 1998.
Paf

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