"Une femme est née..."
Apprenant en février 1992 les résultats du test HIV, j'ai vécu la nouvelle plutôt légèrement, me disant avec rires et sourires : "Je suis si positive que je suis devenue séropositive !" et puis aussi "Qu'est-ce que cela signifie encore ?". Depuis 12 ans, je pratique et j'enseigne la gym douce et différentes techniques d'harmonisation et de relaxation... Très active, soi disant par nécessité et pour aider les autres, j'ai créé un restaurant végétarien et par la suite un centre holistique, tout en élevant un enfant. Initiatives intéressantes, où mon cìté "femme d'affaire" s'épanouissait, où je cherchais sans cesse à être reconnue, mais où je ne me préoccupais pas de moi en profondeur. Cela jusqu'en 1991, où mon état général est devenu gravement déficient (fatigue constante, infections diverses, problème de peau, dysplasie du col de l'utérus...). Il était temps d'agir ! J'ai choisi d'àtre accompagnée par une homéopathe uniciste à Avignon. J'ai entrepris un travail de développement personnel et surtout pris des décisions par rapport à mes activités professionnelles et ma relation de couple. Au fil des mois, des améliorations sur tous les plans m'ont permis de me sentir de plus en plus en confiance et d'affirmer vraiment qui je suis, et non de coller à l'image que je désirais donner de moi-màme. Ces prises de conscience et les actions choisies ont radicalement changé ma vie. Trois mots : Confiance, Acceptation, Amour. Suite à mon départ du centre que j'avais créé, je suis restée sans travail, sans argent... apprentissage du "lâcher prise", apprentissage du "demander" et du "recevoir". Juste s'occuper "égoistement" de Gael et de moi, juste me reposer, me soigner, m'écouter, faire confiance malgré le quotidien aléatoire, découvrir avec joie des potentialités endormies, laisser surgir l'inspiration. Six mois qui ont levé le voile sur l'aspect négatif de moi-màme et qui m'ont remise sur pied physiquement. A l'annonce de ma séropositivité, j'étais déjà dans le processus de transformation. Physiquement, tout allait bien ou presque grâce aux traitements et pratiques suivies (auto-vaccin, homéopathie, organothérapie, alimentation, Qi-Qong...) et je savais que tout irait de mieux en mieux, màme si le fameux rapport T4/T8 était bas. Très vite, j'ai cherché toutes les informations officielles et non officielles d'ici et venant de l'étranger. Impression d'ouvrir une porte, quelque part, et sans bouger, de constater le mouvement d'un puzzle : sensation d'àtre à la fois une infime partie du puzzle et le puzzle tout entier...
L'étude de mes antécédents médicaux a confirmé que le virus m'a été transmis par une transfusion sanguine lors de l'accouchement de mon fils en 1985. Effectivement, de retour de la maternité, j'ai été très vite hospitalisée pour une méningite "inconnue". Virus ou non, cela a été le départ d'un changement en moi et autour de moi, plutôt par les séparations, les conflits, les maladies, les difficultés multiples... Février 1991. "Je suis séropositive...", leitmotiv à l'intérieur... J'arrête bientôt tous mes cours et les séances individuelles : je ne me sens plus disponible. Je reste face à moi-màme, face aux "démons" qui m'habitent et que je croyais disparus grâce à la pensée positive... Non ! Ils sont bien là ! Tous ! Peurs, jugements, culpabilité, frustrations... désir de mort... Dialogues intérieurs où une voie exige que je parte, que je quitte ce monde, ce corps, cet esprit, incapables et imparfaits. Solitude insupportable... Je crie, je hurle ! Je veux mourir, tout de suite, ici et maintenant ! Brusquement, tout se dissout, tout redevient calme, sérénité étrange où une autre voie, pleine de certitude, dit tranquillement : "Je choisis d'être ici, c'est l'inconnu total mais je fais confiance, je suis accompagnée toujours et tout va bien...". Temps de face à face intense, de refus douloureux, de résistances épuisantes : j'avance patiemment et délibérément pour être un peu plus dans l'acceptation et dans l'amour de moi-màme. Juin 1992 : je suis enceinte. Le père ne désire pas être papa et cesse la relation affective. Il est prêt à m'accompagner pour un avortement mais pas pour une naissance. Je choisis la vie, c'était clair et limpide comme une aurore... A partir de cet instant, une certitude s'installe à l'intérieur de moi : les hauts et bas émotionnels sont toujours présents mais je deviens un peu plus "observatrice" et détachée. Bien des compréhensions à trouver encore par rapport à la sexualité, le rapport à l'homme, au père, à l'épanouissement de ma nature de femme. En Suisse, je rencontre Niro Asistent (redevenue séronégative), puis d'autres thérapeutes. Redevenir séronégative n'est pas un objectif essentiel pour moi. Je crois que nous pouvons rester séropositif toute notre vie et rester en parfaite santé. Le virus déclenche un processus de changement, que nous acceptons ou pas, une autre "naissance" de notre être profond. Conscient que nous sommes créateur de notre propre vie, nous devenons vraiment responsable de ce qui nous advient, de toute chose positive ou négative que nous générons en nous ou que nous attirons à nous. Plus de "victime", plus de "sauveur" ! Acceptons tout ce qui nous habite, acceptons là où nous en sommes. Tout effort par la lutte nous met dans un "état de survie", dans les contradictions apparentes de la dualité, dans les affres physiques de la cyclothymie. Acceptons d'àtre doux envers nous-màme, avec patience et confiance. La transition vers la simplicité et l'intégrité nous paraît difficile, car elle remet en cause notre éducation, notre vision du monde... Souvent, c'est le caillou derrière l'illusion de la montagne et... avons-nous le choix ? Pour moi, c'est comme être une funambule sur un fil invisible, marcher dans l'inconnu. Le mot FOI prend maintenant tout son sens. Je comprends la guérison comme un cheminement vers la paix et l'amour à l'intérieur de nous, et comme par "miracle", la paix et l'amour s'installent à l'extérieur de nous. A un moment donné, nous sommes emplis de tout cela et les autres viennent à nous pour recevoir ce dont ils ont besoin ; et, avec joie, nous pouvons le leur donner. Je crois aussi qu'il est possible de redevenir séronégatif quand nous n'aurons plus besoin du virus comme "maître de vie", ou peut-être deviendrons-nous tous séropositifs... ? Nous allons tous vers la mort. Naissance et mort sont "passage" pour un monde chaque fois inconnu, sauf à notre conscience. Vivre chaque instant présent, c'est nous accorder des espaces de liberté et d'amour qui nous amènent à la guérison, qui diminuent la souffrance dans la maladie, qui nous amènent en paix aux portes de la mort... Nous n'avons plus rien à perdre, nous avons tout à gagner... Alors prenons le risque de cette transformation, de cette mutation pour nous-même et pour l'humanité. 14 mars 1993 : une petite fille est née, à la maison, entourée d'amis, d'enfants, de beaucoup d'amour... Une femme est née aussi... Merci... Amour et joie pour chacun d'entre vous. Christine Jermann.
PS :
- Pendant huit ans, je n'ai transmis le virus à personne. - Je suis la mère d'une petite fille de 18 mois, née séropositive, qui est redevenue séronégative comme 85% des enfants - ce qui n'est pas dit souvent dans les médias. - Quels que soient les vecteurs (toxico, sexuel, transfusion...), des dénominateurs communs se retrouvent chez les adultes : > Psychologiques : culpabilité, manque de confiance, sexualité difficile ou particulière... > Physiques : terrain propice dès la naissance, ou toxico, ou malnutrition ou surcharge médicamenteuse (donc intestin et foie à traiter en priorité). > Emotionnels : relation évidente entre le "stress" et l'immunité.
Pour information:
Depuis un an, l'association "Etoile" à Toulouse (voir liste d'adresses) se construit doucement mais sérieusement : une conférence et un stage ont eu lieu avec Mark Griffiths en novembre 92. Espace de rencontre, d'échange, de soutien, d'information... Nous accueillons toute personne, qu'elle soit séropositive ou non, malade ou en bonne santé, parent, proche, thérapeute, soignant... Nous désirons créer un carrefour, un lieu de convergence... dans l'apprentissage permanent du non-jugement, du respect et de l'amour.
Christine Jermann,
|