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Françoise Barré-Sinoussi sur France-Culture

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L'émission "à Voix Nue" de France-Culture propose cette semaine une série de 5 entretiens avec Françoise Barré-Sinoussi, conduite par le journaliste Michel Alberganti.

Le principe de l'émission est en général de faire un bilan rétrospectif de la carrière de personnalités reconnues, et ne se prête du coup pas particulièrement à l'entretien critique ou à la remise en cause. A l'écoute des trois premières émissions, au-delà d'éléments factuels parfois intéressants sur son début de carrière et l'organisation de la recherche de l'époque, on est cependant frappé par le conformisme et le manque de recul généralisé de l'entretien, qui déroule sans heurts l'histoire canonisée sur la transcriptase inverse, l'isolation, les tests ou l'AZT, comme si aucune critique dissidente n'avait jamais questionné ses piliers du supposé "VIH", si des recherches mainstream parfois anciennes n'avaient déjà pas sévèrement mis à mal ce puzzle global, et si Luc Montagnier, pour le meilleur et pour le pire, n'avait pas lui-même contribué à essayer à élargir un peu la focale.

Cet entretien reste important car la paternité franco-américaine du concept de VIH reste après toutes ses années un élément fondamental à décrypter pour toute vision alternative sur le sida, et qui reste peu analysé en profondeur malgré l'abondance des sources, en raison du conflit scientifique et financier largement médiatisé entre les Américains et les Français.

D'un point de vue scientifique, l'importance de la contribution française demeure une énigme car comme le souligne d'ailleurs Françoise Barré-Sinoussi, comme tous les autres acteurs de l'époque, les Américains jouent alors au moins deux ou trois divisions au-dessus compte-tenu de leurs moyens humains, financiers et organisationnels alors sans équivalent. Ce qui me paraît fondamental, et qui est rapidement abordé dans le 3ème entretien sur la "découverte du virus", c'est l'étroitesse du réseau social parisien qui va plancher sur la question, et pour une grande partie constitué de jeunes baby-boomers, soixante-huitards, relativement marginaux dans l'institution médicale : Françoise Barré-Sinoussi, jeune chercheuse à Pasteur au joli parcours mais arrivée par hasard et sans aucun appui familial; Willy Rozenbaum, fils d'émigrés juifs et ex-militant sandiniste, médecin qui accueillera les premiers cas de sida à l'Hôpital Claude-Bernard; Françoise Brun-Vézinet, qui jouera le rôle crucial de faire le pont entre cliniciens et chercheurs, Elisabeth Bouvet, qui travaillait au ministère, et quelques autres, encadrés par une poignée d'aînés gentiment anticonformistes (Montagnier, Leibowitch, Chermann). Tous étaient là au même endroit, chercheurs, cliniciens, ministère, patients, (qu'ils soient homosexuels, hémophiles ou africains francophones), et de la même génération, se connaissaient, se rencontraient, échangeaient.... En face, les américains étaient à des milliers de kilomètres les uns des autres (Gallo à Washington, la CDC à Atlanta, les patients à New-York, San Francisco ou Miami), et étaient déjà sévèrement englués dans des jeux de pouvoir entre institutions, et pour cause : à la différence de Paris, c'était là qu'il y avait du pouvoir, qu'était concentré le pouvoir scientifique réel, les Prix Nobel, l'industrie pharmaceutique, les revues prestigieuses, toutes les structures majeures, etc...

Peut-être tout cela a contribué à faire une certaine différence de part et d'autre de l'Atlantique : à Paris, le dynamisme et l'homogénéité de ce collectif faisait qu'ils y croyaient vraiment. Quelque chose comme le transfert de l'élan révolutionnaire du politique vers le scientifique, là où les enjeux de pouvoir dans la science américaine imposait d'autres procédures, d'autres récits, plus âpres, plus cyniques, mais peut-être aussi plus rigoureux. Gallo n'annonce rien, tant qu'il ne craint pas de se faire doubler par Montagnier, puis ensuite sort la grosse artillerie en 1984 pour s'imposer.

Tout en ayant toujours le sentiment que cette invention du VIH était une erreur sans précédent, je n'arrive pas malgré tout à me départir d'une certaine tendresse pour cette génération de chercheurs et médecins parisiens, sans doute car ils ont exactement l'âge de mes parents et une dynamique similaire de leur parcours de vie, par nostalgie sans doute de leur côté soixante-huitard disruptif de l'institution de l'époque, qui se sont coltinés les patients alors marginaux et ont impulsé des transformations tellement souhaitables (par rapport à la place des patients, à la mise en place de réseaux de chercheurs et de patients que l'on trouverait sans doute voisin, dans leurs pratiques concrètes, de réseaux politiques ou militants de la même période).

Et pourtant, c'est aussi bien là le coeur du problème; comment, malgré toute cette sincérité initiale impossible à remettre en cause, cette compassion réelle vis-à-vis de leurs patients, ce détachement à l'époque par rapport aux enjeux de pouvoir, comment se sont-ils retrouvé à donner naissance au "VIH", à donner massivement de l'AZT à leurs patients et à ne jamais le reconnaître comme erreur fondamentale, y compris quelques décennies plus tard ? Il y a dans ce naufrage, tellement métaphorique de la société française, aujourd'hui parvenue paradoxalement au stade macronien, un aveuglement collectif et persistant qu'il faudrait arriver à dater et nommer, pour pouvoir espérer s'en débarrasser.

Après toutes ces années, on ne peut que constater que la force du supposé VIH, c'est qu'il reste bien plus puissant comme concept que comme maladie, et que c'est aussi en partie un leg du Paris post-68. J'écouterai attentivement les deux autres entretiens de Françoise Barré-Sinoussi, jeudi et vendredi, malgré tout sans trop d'espoir que cela puisse contribuer à percer le mystère.

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Bruno Latour à voix nue, cité par Babette Babich dans un article de la revue International Studies in the Philosophy of Science, "Calling Science Pseudoscience: Fleck’s Archaeologies of Fact and Latour’s ‘Biography of an Investigation’ in AIDS..." :

“I am especially concerned with those working scientists who have questioned the epidemiological link between HIV and AIDS and are discounted in consequence and this no matter their credentials, irrespective of the cogency of their arguments or the sobriety of their statistics.” (§ 2, page 4 : "On the Future of Science Studies: From Fleck’s Scientific History to Latour’s Lab Anthropology")

L'article sous pdf ici  Calling Science Pseudo-Science

 

 

 

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USA : Les états de service du nouveau patron du CDC (Center for Disease Control) :

https://www.gaystarnews.com/article/new-director-of-the-center-for-disease-control-thinks-aids-was-gods-judgment-against-homosexuals/#gs.uiv.FgKg178

Selon l'Alberta's Reappraising Aids Society : 

"His early research did show tremendous problems with ELISA and Western Blot antibody tests, but he essentially ignored that and carried on."

"Ses premières recherches montrèrent de graves problèmes avec les tests d'anticorps Elisa et Western Blot,  mais dans l'ensemble il les ignora et passa outre."

 

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A propos de mon post ci-dessus sur Bruno Latour et Babette Babich : La citation en anglais est un extrait du texte de l'article par Babette Babich, et non une citation d'un propos de Bruno Latour. C'est le libellé de présentation de l'article (ici) qui m'a induit en erreur : "Latour’s ‘Biography of an Investigation’ in AIDS Denialism and Homeopathy
International Studies in the Philosophy of Science • “I am especially concerned with those working scientists who have questioned the epidemiological link between HIV and AIDS and are discounted in consequence and this no matter their credentials, irrespective of the cogency of their arguments or the sobriety of their statistics.”

L'article n'est pas inintéressant par ailleurs, même si quelque peu abstrus. On peut peut-être trouver mieux que Heidegger et Nietzsche sur les questions principielles de la philosophie des sciences, mais la mise en relation épistémo-anthropologique des positions de Fleck ("Archeologies of Fact") avec celles de Thomas Kuhn, Paul Feyerabend et Bruno Latour n'est pas dénuée de pertinence. De même les perspectives comparatistes sur la syphilis, la tuberculose et le sida que cela met en lumière.

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Le 27/05/2018 à 19:49, Jardinier a dit :

Selon l'Alberta's Reappraising Aids Society : 

"His early research did show tremendous problems with ELISA and Western Blot antibody tests, but he essentially ignored that and carried on."

"Ses premières recherches montrèrent de graves problèmes avec les tests d'anticorps Elisa et Western Blot,  mais dans l'ensemble il les ignora et passa outre."

Effectivement, Robert Redfield était un chercheur au "Walter Reed Army Institute", un centre de recherche médical militaire, et il a cosigné (avec DS Burke) en 1988 une des études les plus importantes concernant la reproductibilité des tests dit VIH et le taux de faux positifs. En effet, il pouvait s'appuyer sur une énorme cohorte de 135.000 jeunes hommes appelés au service militaire américain.

Le Perth Group avaient démonter en long et en large la méthodologie et l'interprétation de cette étude dans leur séminal article sur les tests dits VIH de 1993 (Is a positive Western Blot proof of HIV infection?), et on peut regretter une fois encore que David Crowe ne consent pas à les créditer sur son site.

Ce que je ne connaissais pas en revanche, et que les articles sur la nomination de Redfield m'ont permis d'apprendre, c'est l'envers "humain" de ce type d'étude : c'est que sous l'impulsion de Redfield et consorts, des millions de militaires américains avaient subi un dépistage obligatoire avec une diffusion des résultats à toute la hiérarchie militaire, et que les 6000 qui ont reçu un résultats positifs ont été parfois virés, emprisonnés, privés de couverture médicale; avec de nombreux suicides ou tentatives. Un traitement d'autant plus cruel que le Perth Group rappelle dans son décorticage l'inconsistance des tests réalisés lors de l'étude (probablement le même type de test pour tous les appelés) : un test Western Blot était déclaré positif avec seulement une bande (Gp41), alors que par exemple, trois bandes sont toujours nécessaires pour un résultat positif en France.

A ce titre, on ne peut être que frappé par le fait que l'invention du concept du Sida ait permis à ce type d'individu sinistre de gravir tous les échelons des institutions scientifiques américaines, tout en publiant dans les plus grands journaux scientifiques (l'article cité avait été publié dans le NEJM) : à sa conception totalement fasciste et guerrière de la société (ils voulaient instituer des tests obligatoires généralisés et supprimer leur licence professionnelle si le résultat était positif), sans aucune considération pour les relations sociales et l’interdépendance entre les individus, répond une conception identique à la base du concept de VIH/SIDA : un virus venu d'ailleurs, comme un corps étranger qui vient envahir et tuer invariablement un individu initialement sain - sans aucune considération pour les mécanismes biologiques d'équilibres et d'interactions à l'intérieur du corps et de ses cellules, dont le rôle est pourtant à bien des égards bien plus crucial.

Bref le VIH est sans aucun doute aussi trumpiste qu'il était reaganien; mais vous le saviez déjà.

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"Huffington Post • Women are reluctant to take Pre-Exposure Prophylaxis, which is cutely named PrEP but public health officials would like to change that. This article calls the drug Truvada “safe”, without qualification, which must mean that they have never read the drug label. Washington DC has a “PrEP for Her” publicity campaign, and New York a “Living Sure” campaign. Most of the women in the posters are black, and their target market is black women."

C'est 1 communiqué de l'ARAS, à propos d'un article du Huffington Post (anglais) :

"Les femmes sont réticentes à prendre les ARV en prévention/pré-"exposition", ou PrEP,   mais les officiels de la santé publique voudraient bien changer ça. L'article du Huffington Post  qualifie le Truvada de sain/inoffensif ("safe"), sans plus de précisions, ce qui doit vouloir dire qu'ils n'ont jamais lu la notice du (")médicament("). Washington DC a lancé une campagne publicitaire "Pré-expo pour Elle", et New York une campagne "Vivre en sécurité". La plupart des femmes sur les posters sont noires, et le marché ciblé est celui des femmes noires."

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