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Epistémo: scepticisme contre consensus en science


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18 réponses à ce sujet

#1 Econoclaste

Econoclaste

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Posté 27 décembre 2011 - 21:07

Bonjour,

je lance ce topic assez périphérique pour discuter de questions épistémologique et de sociologie des sciences. L'objectif serait de réfléchir sur le rôle de la contradiction et du débat en science par rapport à la méthode du "consensus scientifique".

La contradiction et le débat en science sont normales, puisque le scepticisme et le rationalisme sont la règle. Cependant, la pensée universaliste et rationaliste en déduit aussi le principe du tiers exclu selon lequel une proposition ne peut être à la fois vraie et fausse, et qu'il doit exister des vérités universelles... donc des consensus. C'est aller un peu vite et oublier que deux théories peuvent être cohérentes en même temps. Alors viens l'expérimentation ou plus généralement l'empirie pour savoir laquelle des théories prévoit le mieux les phénomènes. Certes et le plus souvent cela marche mais ce n'est pas toujours aussi simple, puisque les "faits" qu'on étudie et mesure sont construits par la science et que parfois les systèmes étudiés sont trop complexes et l'expérimentation délicate (en économie par exemple, l'expérimentation, à de très rares exceptions près, est presque impossible : on ne va pas baisser les salaires de tout le monde de 50% juste pour vérifier si cela diminue ou augmente le chômage ; en climatologie, on ne va pas diminuer les émissions de CO2 de 95% juste pour savoir si cela va ralentir le réchauffement...). J'ajouterais que de nombreux scientifiques virent au scientisme pur et simple (religion de la science) quand ils oublient que la science ne fait qu'édicter des vérités temporaires, toujours révisables au fur et à mesure des découvertes. Cela est tout à fait manifeste quand certains parlent de "faits", alors que l'on sait que la science est épistémologiquement constructiviste (on ne connaît que les modèles et théories que l'on a construit, jamais une "réalité" brute) et critique (au sens qu'elle interroge les limites des connaissances). Le scientisme et le consensus sont d'autant plus probables que l'idéologie spontanée des scientifiques les pousse à croire La Vérité et en la Science et la Raison par bonne foi.

Pourtant, la science est à la fois évolutionniste, critique et constructiviste. La critique et les débats, par le biais des colloques, communication et publications en peer review sont là pour valider ou invalider les hypothèses et théories scientifiques. L'opinion de la communauté est la seule et unique façon de contrôler si les collègues n'ont pas fait d'erreurs. Mais ce n'est pas toujours certains que les collègues refassent toutes les manips et contrôlent dans tous les détails. Du coup, les articles contestataires sont en général minoritaires. Mais ils sont d'autant plus improbables qu'il existe un consensus large. Or comme le consensus ne change pas du jour au lendemain, il est toujours risqué pour la carrière d'aller à l'encontre...mais en même temps, si on parvient à bouleverser le consensus en apportant des nouvelles interprétations, méthodes, résultats, cela peut être un accélérateur!

A quelles conditions des opinions contraires peuvent-elles consensus sont les plus difficiles à fragiliser?

Je ne fais ici que proposer ici quelques hypothèses pour discuter.

H1 : le consensus sur un sujet est d'autant plus difficile à rompre que l'objet étudié a des conséquences éthiques et politiques importantes.

On comprend bien qu'une controverse portant sur la possibilité de particules supra-luminiques pourra plus facilement bouleverser le consensus car bien peu de gens sont capables de comprendre et dont les implications éthiques et politiques sont nulles. Au contraire, avec les controverses sur le SIDA, sur le réchauffement climatique ou même lorsque Galilée affirma que la Terre tournait, et bien là, le consensus apparaît plus difficile à rompre et la dissidence aura plus de mal à exister car :
- des intérêts (scientifiques, économiques et/ou politiques) sont en place, qui "vivent" du consensus : financements, recherches... ;
- les scientifiques qui travaillent sur des questions aux conséquences éthiques peuvent vivre leur travail comme une mission pour sauver l'humanité (les scientifiques ont souvent tendance à se vivre ainsi, mais la chose est encore plus probable sur ces questions) et dès lors contester le consensus a aussi des implications éthiques pour les scientifiques qui peuvent être sérieuses. On voit d'ailleurs que la frontière entre le positif et le normatif est beaucoup moins étanche qu'on le dit souvent dans ces cas là.

H2 : un consensus majoritaire est d'autant plus difficile que le phénomène est complexe et que la vérification empirique est délicate.

Je suis moins sûr de celle-ci, mais ça me paraît assez clair en sciences humaines, où il existe toujours du fait de la complexité de l'objet et de la difficulté à tester empiriquement, de multiples interprétations/théories possibles.

Je voudrais finir sur la question du réchauffement climatique. Le parallèle avec la recherche sur le SIDA est ici assez édifiant. Il existe un mainstream (globalement défini par le GIEC) qui se définit comme le consensus et un certain nombre de scientifiques dissidents (Allègre n'en est qu'un parmi bien d'autres). Ces derniers sont vilipendés et traités de "denialists" (tiens, tiens...), considérés comme de pauvres incompétents qui parlent d'un sujet qu'ils ne connaissent pas car ils contestent les scénarios du GIEC. Comme dans le cas du SIDA, le GIEC et ses épigones se vivent comme les sauveurs de l'humanité (climatologue = écologiste), en voulant explicitement faire pression sur le politique pour que des mesures visant la réduction des émissions de CO2 soient mises en place. La différence ici est que dans le cas du réchauffement, la plupart des industries par intérêt auraient à supporter les dissidents (mais pas forcément toutes, car les secteurs "verts" ont intérêt à ce que le protocole de Kyoto soit appliqué) tandis que dans le cas du SIDA, les intérêts économiques sont dominants côté mainstream. Juste quelques liens parmi bien d'autres :

http://www.pensee-unique.fr/froid.html

Un site qui défend les "faits" scientifiques, et tous les consensus écolo-bien-pensants compatibles (dont le sida) : http://www.greenfact...e-re4/index.htm


Je précise tout de suite que je ne suis pas ici pour donner raison aux "climato-sceptiques", je me contente de constater et de militer pour le pluralisme scientifique.

#2 Jibrail

Jibrail

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Posté 03 mars 2012 - 20:45

Salut Econoclaste,

Je profite du redoux pour ressortir ta très intéressante contribution qui a été un peu enfouie dans les neiges de l'hiver.

Je partage tes deux hypothèses, qui dans le cas présent, à mon avis, se combinent. Il y à la fois des implications économiques et politiques qui seraient plus que ravageuses en cas de remise en cause notable de l'hypothèse VIH=sida, et en premier lieu pour toutes les couches qui en vivent, dans les pays développés d'abord (mais sans doute pas seulement). Mais il y a aussi l'impossibilité pour la plupart d'infirmer cette hypothèse sans disposer de moyens et de matériels spécifiques et onéreux, ce qui nécessite au préalable d'être déjà introduit dans un environnement orthodoxe - bref, seuls ceux qui n'y sont pas disposés serait en mesure d'infirmer le consensus.

Mais j'irai un peu plus loin dans notre cas : si remise en cause il y avait, cela remettrait en cause également, à tort ou à raison, toute la technostructure scientifique dans son ensemble. Le sida a constitué un symbole trop important, trop démesuré pour ne pas entraîner des pans entiers de la science contemporaine dans son sillage.

Le parallèle que tu dresses avec la question du réchauffement climatique me semble aussi tout à fait juste : on ressent bien combien la problématique scientifique a été dès le départ posé de façon idéologique (renouant avec les croyances ancestrales qui voulaient que les éléments météorologiques se déchaînaient quand les hommes se comportaient "mal" vis-à-vis de la morale de l'époque). On a aussi des intérêts politiques et économiques énormes, mais là une situation un peu différente avec à mon avis une impossibilité technique pure et simple, comme l'a souligné le sceptique Serge Galam : il faudrait au moins un ou deux siècles pour construire des modèles climatiques empiriquement vérifiables avec des mesures aussi précises que celles dont on dispose aujourd'hui, sur lesquelles on a un recul qui n'excède pas deux ou trois décennies (les premières photos satellites des glaces arctiques ne datent que de 1979...). On peut bien aller fouiller les calottes de glace de l'Antarctique, mais ça ne suffira pas à décrire le climat d'il y a 2.000 ou 50.000 ans avec la précision d'aujourd'hui. En attendant la climatologie gagnerait à rester modeste, ce dont elle s'abstient pourtant avec la plus grande déraison.

Après ce qui m'intéresserait, c'est de savoir comment on arrive à faire rompre un consensus scientifique lorsque les faits ne sont pas si aisés à établir. Faut-il attendre une nouvelle génération de chercheurs et la disparition progressive de celle qui se serait fourvoyée ? Faut-il attendre l'expiration des brevets des principaux médicaments, qui se renouvellent avec difficulté ? Faut-il attendre une inflexion importante de la situation politique et économique qui avait donné naissance à ce consensus ? Ou des découvertes scientifiques ultérieures qui seront encore plus manifestement incompatible avec l'hypothèse initiale ?

En d'autres termes, est-ce que cela vaut la peine d'aller à l'assaut de la muraille aujourd'hui et maintenant, ou ne faut-il que se préparer patiemment en attendant que la situation générale change, et laisse dans 5 ou 20 ans le champ plus libre à une rupture du consensus ? Est-ce que cela dépend de l'action organisée des sceptiques, ou du hasard et du temps ?

Si tu as étudié la question, peut-être y a-t-il d'autres cas dans l'histoire scientifique qui nous seraient instructifs ?

#3 Jibrail

Jibrail

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Posté 03 mars 2012 - 20:46

Salut Econoclaste,

Je profite du redoux pour ressortir ta très intéressante contribution qui a été un peu enfouie dans les neiges de l'hiver.

Je partage tes deux hypothèses, qui dans le cas présent, à mon avis, se combinent. Il y à la fois des implications économiques et politiques qui seraient plus que ravageuses en cas de remise en cause notable de l'hypothèse VIH=sida, et en premier lieu pour toutes les couches qui en vivent, dans les pays développés d'abord (mais sans doute pas seulement). Mais il y a aussi l'impossibilité pour la plupart d'infirmer cette hypothèse sans disposer de moyens et de matériels spécifiques et onéreux, ce qui nécessite au préalable d'être déjà introduit dans un environnement orthodoxe - bref, seuls ceux qui n'y sont pas disposés serait en mesure d'infirmer le consensus.

Mais j'irai un peu plus loin dans notre cas : si remise en cause il y avait, cela remettrait en cause également, à tort ou à raison, toute la technostructure scientifique dans son ensemble. Le sida a constitué un symbole trop important, trop démesuré pour ne pas entraîner des pans entiers de la science contemporaine dans son sillage.

Le parallèle que tu dresses avec la question du réchauffement climatique me semble aussi tout à fait juste : on ressent bien combien la problématique scientifique a été dès le départ posé de façon idéologique (renouant avec les croyances ancestrales qui voulaient que les éléments météorologiques se déchaînaient quand les hommes se comportaient "mal" vis-à-vis de la morale de l'époque). On a aussi des intérêts politiques et économiques énormes, mais là une situation un peu différente avec à mon avis une impossibilité technique pure et simple, comme l'a souligné le sceptique Serge Galam : il faudrait au moins un ou deux siècles pour construire des modèles climatiques empiriquement vérifiables avec des mesures aussi précises que celles dont on dispose aujourd'hui, sur lesquelles on a un recul qui n'excède pas deux ou trois décennies (les premières photos satellites des glaces arctiques ne datent que de 1979...). On peut bien aller fouiller les calottes de glace de l'Antarctique, mais ça ne suffira pas à décrire le climat d'il y a 2.000 ou 50.000 ans avec la précision d'aujourd'hui. En attendant la climatologie gagnerait à rester modeste, ce dont elle s'abstient pourtant avec la plus grande déraison.

Après ce qui m'intéresserait, c'est de savoir comment on arrive à faire rompre un consensus scientifique lorsque les faits ne sont pas si aisés à établir. Faut-il attendre une nouvelle génération de chercheurs et la disparition progressive de celle qui se serait fourvoyée ? Faut-il attendre l'expiration des brevets des principaux médicaments, qui se renouvellent avec difficulté ? Faut-il attendre une inflexion importante de la situation politique et économique qui avait donné naissance à ce consensus ? Ou des découvertes scientifiques ultérieures qui seront encore plus manifestement incompatible avec l'hypothèse initiale ?

En d'autres termes, est-ce que cela vaut la peine d'aller à l'assaut de la muraille aujourd'hui et maintenant, ou ne faut-il que se préparer patiemment en attendant que la situation générale change, et laisse dans 5 ou 20 ans le champ plus libre à une rupture du consensus ? Est-ce que cela dépend de l'action organisée des sceptiques, ou du hasard et du temps ?

Si tu as étudié la question, peut-être y a-t-il d'autres cas dans l'histoire scientifique qui nous seraient instructifs ?

#4 Econoclaste

Econoclaste

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Posté 04 mars 2012 - 12:22

Salut Jibrail,

merci pour tes commentaires. Tout d'abord, je suis d'accord avec toi que si le consensus SIDA devait être brisé, cela aurait des répercussions extrêmement larges sur la technoscience, qui vont bien au-dela des seules questions médicales. Et je dirais que c'est peut être une raison plus ou moins inconsciente de la réticence que peuvent avoir certains chercheurs mainstream ou ne connaissant que le sujet de très loin à de telles remises en questions. Remettre en cause une telle hypothèse et hop, on te compare aux créationnistes ou que sais-je encore. J'ai un ami physicien, pourtant assez ouvert d'habitude, qui ne veut même pas en entendre parler, car il est ininimaginable qu'une erreur aussi grosse, soit défendue par une aussi grande frange de la communauté scientifique. Il est vrai que le contexte social pousse les scientifiques à défendre par principe la "Science", la "Raison", et donc les résultats de la communauté scientifique (dominante), même si on n'a jamais étudié le problème à fond... Attitude pour le moins corporatiste (je défends par principe les résultats des collègues, qui sont honnêtes, sérieux, patati et patata), même si animée par un généreux attachement à l'universalisme et au rationalisme. Mais, au nom de ce rationalisme, on défend sans critiquer, ce qui est le contraire de la raison véritable. Peut être que les scientifiques font confiance aux résultats des autres scientifiques des autres domaines à cause de l'extrême spécialisation de la recherche et par attachement à la fois corporatiste et à la lutte contre l'obscurantisme.


J'en viens ensuite à tes questions. Je crois en effet que tu poses les bonnes questions, même si je n'ai malheureusement pas de réponse toute prête. En tout cas, cela va m'inciter à faire quelques recherches dessus et à y réfléchir. Si on suit l

Mais je doute qu'il y ait une réponse absolument générale à cette question, car l'organisation de la recherche scientifique a changé. Selon Robert Merton, la communauté scientifique se structurerait grâce à quatre normes complémentaires :
- universalisme : les connaissances scientifiques doivent être considérées indépendamment de leur producteur ;
- désintéressement : les scientifiques ne doivent être intéressés qu'à la découverte de la vérité ;
- commun(al)isme : les résultats scientifiques sont des biens publics partagés par la communauté scientifique
- le scepticisme organisé : les résultats doivent passer le crible de la critique systématique par les pairs.

Evidemment, ces normes sont plus un idéal normatif qu'une description de la manière dont la science fonctionne effectivement. Aujourd'hui, chacune de ces normes est contestée :
- très souvent, et en partie à cause des avancées de la sociologie, tout le monde interroge le droit d'un tel ou tel à parler au nom de la science, en partie parce qu'il est soit supposé intéressé à autre chose que la vérité (après tout, il est clair que nos discours sont façonnés par le contexte social, nos origines, nos intérêts de classe etc...), soit qu'il ne possède pas le diplôme adéquat pour discuter de la discipline (on va critiquer que des chimistes comme Cheminot ou le PG aient le droit de parler en dehors de leur champ).
- toujours sur le désintéressement, l'organisation actuelle de la recherche, avec son obsession de l'évaluation, de la productivité (science citation index, ranking des revues...) crée les conditions pour que le chercheur ne soit intéressé qu'à sa carrière, et pas à la vérité!
- le communalisme existe toujours certes, mais les interactions entre industrie et recherche, la possibilité pour les chercheurs de devenir de riches entrepreneurs capitalistes en brevetant leurs découvertes etc... remettent en cause ce processus.

Plus généralement, si l'histoire des sciences est utile pour pouvoir répondre aux questions que tu te poses, je crois tout de même que la situation est assez différente, raison pour laquelle je me garderais d'énoncer une loi générale pour dire quand les consensus sont rompus, lorsque les faits sont si difficiles à établir. Nous avons aujourd'hui une recherche qui est ultra-divisée et spécialisée (presque taylorienne), largement contrainte (et obsédée) par les questions de financement, soumise à une évaluation purement quantitative (avec le ranking des revues et l'évaluation des chercheurs, on n'évalue plus la qualité intrinsèque d'un article, mais la revue dans laquelle il a été publié...), autant d'éléments qui me font croire qu'un consensus aussi bancal peut encore continuer un moment, même si des faits s'y opposent. En économie, on ne peut pas dire qu'il y ait beaucoup de lois ou théories qui soient vérifiées, cela n'empêche pas qu'il y a un mainstream très dominant, et que les faits peuvent lui donner largement tort, cela ne remet pas en cause sa position dominante pour le moment. Faut-il attendre une nouvelle génération de chercheurs? Peut être, si ceux-ci peuvent avoir plus d'autonomie par rapport à leurs prédessesseurs. Plus généralement, je pense qu'il faut une combinaison à la fois de découvertes manifestement contradictoires, d'une nouvelle génération de chercheurs et très certainement d'un travail continu des dissidents. Mais il ne s'agit-là que d'une hypothèse que je fais, pas d'une vérité scientifique. En tout cas, voilà de quoi ouvrir une question de recherche...Merci encore


#5 Jardinier

Jardinier

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Posté 02 septembre 2012 - 16:25

Message via le Groupe yahoo Parislinguists :


Bonjour,

Colloque Médias / Santé Publique
Bordeaux – 18 et 19 octobre 2012


Inscription et programme du colloque à l'adresse :
http://www.conference-universite.org/MedSante2012/

A côté d’un traitement plus ordinaire des questions médicales,
scientifiques ou techniques, les épisodes du SRAS en 2003, de la grippe
A (H1N1) en 2009 ou très récemment de la bactérie ECEH ont montré
comment des questions de santé publique pouvaient devenir des problèmes
politiques dont les médias s’emparaient dans leur immédiateté, comme des
scoops, contribuant ainsi à les ériger en événements.

En traitant alors ces « événements » sous différents angles
(scientifique, médical, technique, politique, économique, industriel,
social, environnemental), les médias mettent en scène des acteurs
relevant de sphères discursives distinctes : scientifiques, responsables
politiques, citoyens malades avérés ou potentiels, professionnels de la
santé. Une polyphonie de discours publics se laisse alors saisir,
pouvant parfois donner l’impression d’une cacophonie, parfois d’une
orchestration vite vue comme manipulatrice. Au delà d’une information
classiquement relayée et commentée par la presse (généraliste ou plus
spécialisée), la télévision, la radio ou internet, des campagnes de
communication sont alors mises en place pour faire connaître des moyens
de prévention, ou pour inciter à la vaccination par exemple. On peut
aussi voir émerger des reprises ironiques, sous forme de clips sur
internet, faux journaux, créations théâtrales...

Le colloque qui sera organisé à Bordeaux les 18 et 19 octobre 2012 vise
à réunir des chercheurs d’horizons différents (en Sciences de
l’Information et de la Communication, Philosophie, Linguistique,
Sciences du Langage, Sociologie) ainsi que des professionnels de la
santé, de la politique et des médias, afin de croiser leurs réflexions
sur le mode de traitement par les médias des questions de santé
publique.

Les problématiques suivantes pourront être abordées, sans exclusive :

En matière de santé publique, comment le discours de la science est-il
diffusé ? Comment les paroles des experts scientifiques sont-elles
rapportées ? Quelle texture énonciative se dessine ?

Lorsque le journaliste endosse le rôle de médiateur, quel dialogisme
interactionnel se met en place ? Quelles en sont les marques
linguistiques et sémiotiques (reformulations, vulgarisation,
désignations qualifiantes, infographies, encadrés et illustrations à
vocation didactique, etc.) ?

En contexte de santé publique, quelles sont les stratégies rhétoriques
que les médias mettent en acte ?

Comment les médias ventilent-ils les raisons (scientifique, politique,
économique) dans les différents discours à propos de la santé publique ?

Plus largement, quelle importance les médias accordent-ils aux questions
de santé publique ? Comment mettent-ils en scène les questions ou les
problèmes de santé publique ? A partir de quand peut-on parler
d’« événement médiatique » ? Et à quel moment passe-t-on de « question »
à « problème politique » de santé publique ?

Comment les médias interviennent-ils dans la mise en place d’une alerte
sanitaire ? Observateurs, acteurs, révélateurs, amplificateurs ?

Comment les différents publics réagissent-ils au traitement médiatique
des problèmes de santé publique ?

Quelles sont les stratégies rhétoriques que les médias mettent en œuvre
en contexte de santé publique?

Comment, dans un contexte d’abondance de l’information et de possibilité
de bruitage, les médias permettent-ils de distinguer le vrai du faux ?
Quelle désinformation peut se mettre en place ?

Comment se redéfinit l’expertise en matière de santé publique et qui
peut être considéré comme expert ?

- Inscriptions : jusqu'au 29 septembre 2012
- Date du colloque : 18 et 19 octobre 2012

Contact : medsante2012@conference-universite.org

Composition du comité scientifique :

Benkimoun Paul Journaliste en charge des questions de santé - Le Monde
Boutet Josiane, Professeur des Universités en Sciences du Langage,
Université Paris IV-La Sorbonne et Université Paris VII-Denis Diderot
Brun Cédric, Maître de conférences en Philosophie, Université Bordeaux,
SPH (EA4574)
Doury Marianne, Chargée de recherche, Laboratoire Communication et
politique.
Duteil-Mougel Carine, Maître de conférences en Sciences de l’Information
et de la Communication, ENSIL-Université de Limoges, CeReS (EA 3648)
Gonon François, Directeur de recherche, Institute of Neurodegenerative
Diseases, CNRS, UMR 5227
Krieg-Planque Alice, Maître de conférences en Sciences de l’Information
et de la Communication, Université Paris-Est Créteil (UPEC), Céditec.
Laügt Olivier, Maître de conférences en Sciences de l’Information et de
la Communication, Université Bordeaux, SPH (EA4574)
Ledegen Gudrun, Maître de conférences en Sciences du Langage, Université
de Rennes 2, Préfics
Londei Danielle, Professore Ordinario di Lingua francese auprès de la
Scuola Superiore di Lingue Moderne per Interpreti e Traduttori (Forli)-
Università di Bologna
Moirand Sophie, Professeur des universités en Sciences du Langage,
Université Sorbonne nouvelle et Paris 3, Cediscor-Syled
Rastier François, Directeur de recherche CNRS, ERTIM
Reboul-Touré Sandrine, Maître de conférences en Sciences du Langage,
Université Sorbonne nouvelle et Paris 3, Cediscor-Syled
Santone Laura, Université Roma Tre, Faculté de Lettres et Philosophie -
Département de Langues et cultures étrangères, Rome
Venturini Tommaso, Maître de conférences à Sciences Po Paris
Vergely Pascale Maître de conférences en Sciences de l’Information et de
la Communication, Université Bordeaux, SPH (EA4574)

Bien cordialement,

---
Carine Duteil-Mougel
Maître de Conférences
ENSIL - Université de Limoges
16 rue Atlantis Parc Ester Technopole
87068 LIMOGES
carine.duteil@ensil.unilim.fr
http://www.linkedin.com/in/carineduteilmougel

#6 Jardinier

Jardinier

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Posté 29 octobre 2012 - 19:03

@ Econoclaste, Jibrail, tous,

Pour alimenter le débat sur le sujet de ce fil, et surtout bien savoir de quoi on parle, je vous signale quelques thèses de doctorat qui me semblent intéressantes :

* La référence dans les sciences de la nature :
http://www.theses.fr/2011AIX10117
(cliquer sur "Accéder en ligne" en bas à gauche de la page)

* La Fabrique des politiques scientifiques :
http://tel.archives-...NGHOFF_2010.pdf
(accès direct au PDF)

* Le double visage des inventions biotechnologiques :
http://tel.archives-..._-_Laporte_.pdf
(accès direct au PDF)

* Problématiques(s) des rapports soma/psyché dans les neurosciences et dans la psychanalyse : du réel de la science au réel du parlêtre
http://tel.archives-...lin_Vincent.pdf
(accès direct au PDF)

Amitiés à tous

Modifié par Jardinier, 29 octobre 2012 - 19:12 .


#7 brume de l'abro

brume de l'abro

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Posté 31 octobre 2012 - 00:00

putain, un piano y perdrait ses touches à lire tout ça, non ? T'as tout lu, toi ? J'étais pourtant motivée pour le dernier, mais j'ai trébuché assez rapidement, entre autres sur les voutes dortograafe (même si je fais les miennes, je sais, j'admets que je me fais veille vache myope)... Voilà, ceci est une contribution non constructive.

#8 acu

acu

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Posté 31 octobre 2012 - 13:27

Qui décide de la science ici bas ?

Pourquoi les rédactions en chef de tous les médias, doyens de facultés , représentants politiques rapportent ils tous aux mêmes oligarques ... On ne va pas rajouter les " je pense en remmerciant (traduction latérale)" qui se développent plus vite que les découvertes non brevetables ....

Ce ne sont certainement pas les lois naturelles de la vie qui ont organisé ces systèmes de contrôle qui sont là pour nous éloigner des fondamentaux, de l' autonomie énergétique en passant par la santé !!!

#9 Jibrail

Jibrail

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Posté 31 octobre 2012 - 16:22

Ce ne sont certainement pas les lois naturelles de la vie qui ont organisé ces systèmes de contrôle qui sont là pour nous éloigner des fondamentaux, de l' autonomie énergétique en passant par la santé !!!

Les lois naturelles de la vie ? Celles qui - par exemple - n'ont rien trouvé de mieux que de tenter de faire mourir les femmes à chaque fois qu'elles donnent la vie, et qui réussissent d'ailleurs très régulièrement ?

Je ne sais pas si je leur confierai les clés de ma voiture...

#10 Jibrail

Jibrail

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Posté 10 août 2013 - 22:37

Médiapart commence une intéressante série d'enquêtes sur la "junk science", la fraude dans le domaine de la recherche scientifique qui touche tout particulièrement... le domaine "biomédical".

 

L'article rappelle comment les retraits d'articles pour "fraude" ou "erreur" ont été multiplié de façon exponentielle depuis le début des années 2000, et que cela touche le coeur de la recherche scientifique, qu'il s'agisse des plus grands pays (les trois premiers pays concernés sont les USA, l'Allemagne, le Japon, les deux derniers ayant pourtant une réputation de rigueur qui ne vaut que ce qu'elle vaut), ou des revues (Nature, Science et Cell figurent parmi les 10 revues où les rétractations d'articles sont les plus nombreuses).

 

L'auteur met en avant les caractéristiques de la biologie, par "nature" moins rigoureuse que d'autres sciences "dures" (comme la physique), ce que Cheminot nous avait déjà souvent évoqué, et se prête particulièrement bien aux petits "arrangements" des résultats. Sont également décrits les enjeux financiers, l'organisation de la recherche...

 

De façon intéressante, il montre comment les expériences publiées sont rarement reproduites par d'autres labos, et qu'il n'est pas rare que personne ne réussisse à les refaire et à obtenir les résultats présentés! Je le soupçonnais mais peut-être pas de façon si généralisée.

 

La suite à lire sur Médiapart, (accès payant uniquement, 9€ / mois, mais cela en vaut souvent la peine).


Modifié par Jibrail, 10 août 2013 - 22:37 .


#11 Econoclaste

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Posté 13 août 2013 - 14:17

Merci Jibrail, ça a l'air très intéressant même si je n'ai pas encore lu, mais c'est une bonne raison de m'abonner à Médiapart.

 

Pour verser quelques pièces au dossier, à savoir la question du ghostwriting (le recours à des auteurs "fantômes") et l



#12 Econoclaste

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Posté 13 août 2013 - 16:11

Oups, petite erreur sur le message précédent. Donc je disais : merci Jibrail, ça a l'air très intéressant même si je n'ai pas encore lu, mais c'est une bonne raison de m'abonner à Médiapart.

 

Pour verser quelques pièces au dossier, voici quelques éléments.

 

Le premier est lié au rapport de la science médicale à l'industrie pharmaceutique. On sait que beaucoup de problèmes liés aux conflits d'intérêt existent, mais j'aimerais juste indiquer quelques points importants sur le type de fraudes et de manipulations de résultats scientifiques possibles.

 

Il y a tout d'abord la question du ghostwriting (le recours à des auteurs "fantômes") et des plans de publication, dont vous pouvez avoir un aperçu ici : http://www.theonecli...d=6349#newspost

L'auteur  de ce texte, que je connais bien pour collaborer avec, va bientôt publier un article complet dans une revue à comité de lecture, dont je vous donne un résumé (je vous donnerai les références quand il sortira). En fait, l'industrie a systématisé les plans de publication pour maximiser la promotion de ces drogues et l'utilisation de ghostwriters. Quézako? Tout d'abord, on va sélectionner un leader d'opinion de la communauté scientifique (ou "knowledge opinion leader"), simplement en fonction de son impact potentiel sur la promotion du produit, et lui proposer de co-signer un article envoyé à une revue à comité de lecture "démontrant" les bienfaits du produit. L'article est en fait écrit par une équipe de chercheurs et spécialistes de la promotion de la firme. Avantage pour le chercheur : il publie sans se fatiguer, ce qui est recherché dans un monde où  règne le publish or perish. L'article est publié puis on paie quelques conférences où le "chercheur" va expliquer les résultats "miraculeux" du produit (voire quelques dessous de table, mais là n'est pas le seul problème). En fait, assez souvent, le plan de publication implique de "noyer" la littérature avec plusieurs articles de plusieur ghostwriters co-signant avec des salariés de l'entreprise. Autre étape importante de ce plan de publication : la neutralisation des opinions contraires de chercheurs inépendants. Comment? Soit par des discussions un peu menaçante, soit carrément par un programme très organisé de délégitimation de la parole du chercheur "ennemi", soit en mobilisant les ghostwriters et quelques autres chercheurs mercenaires, soit des méthodes d'intimidation encore plus directes (en dernier ressort). Vous allez me dire que c'est un délire complotiste, mais Jardinier peut témoigner je crois que je suis loin de verser dans ce type d'argumentaire. Hélas, les équipes dédiées au plan de publication existent bel et bien chez Big Pharma.

 

Autre problème que je voulais soulever, relatif aux essais cliniques. Ceux-ci, vous le savez peut-être, sont soumis à des manipulations, fraudes et biais relativement systématiques, dont je vous fais un petit résumé :

- un biais favorable au sponsor (évident) : un essai sponsorisé par l'industrie a 4 fois plus de chances de donner des résultats favorables au produit du sponsor http://www.ncbi.nlm....pubmed/12775614

- le manque de représentativité : on trie les patients lors des essais pour maximiser les chances d'avoir des résultats significatifs

- la non-publication des résultats négatifs : ce problème existe aussi dans la science non influencée par l'industrie, mais c'est évidemment exacerbé dans le cas où les essais sont financés. C'est évidemment très problématique pour faire avancer la science (car les erreurs font avancer...) et pour savoir aussi comment prescrire

- la non-divulgation d'information et l'omission de résultats gênants : lors d'essais cliniques sponsorisés par l'industrie, il ne faut jamais oublier que l'industrie est propriétaire de l'information, et ne divulgue (dans le meilleur des cas) que ce qui est légalement demandé par l'agence du médicament et qui va dans son intérêt. On se rappelle des "oublis" de GlaxoSmithKline concernant les effets sur le suicide de Paxil/Deroxat sur les adolescents...

- le choix d'un mauvais comparateur : par exemple, on choisit un comparateur que l'on va sous ou sur-doser pour minimiser son efficacité et ainsi maximiser l'efficacité du "nouveau" traitement. On peut citer le cas ésoméoprazole (Nexium) vs oméoprazole (Mopral). Dans le cas du SIDA, ne jamais d'étude vs placebo, et prendre l'AZT comme comparateur...

- l'évaluation biaisée des résultats. Dans un cas qui relève de ce problème et des deux précédents, on peut trouver Vioxx, qui était comparé à Naproxène, dont on a interprété sciemment la différence significative très défavorable au Vioxx pour le risque de crise cardiaque comme la conséquence d'un effet cardio-protecteur nouveau du naproxène... (résultat : au minimum, 27000 morts par crise cardiaque aux USA suite à la prescription de Vioxx).

- omettre de préciser le nombre de patients quittant les essais

etc...

 

Ensuite, un point que je me permets de souligner à nouveau (c'est peut-être fait dans le dossier de Mediapart que je n'ai pas encore lu) : le rôle potentiellement néfaste des médias et de la proximité au monde politique pour trancher les débats scientifiques. On en sait quelque chose sur le cas du SIDA, mais on peut avoir le même avis sur les histoires d'OGM (le plan médiatique de Séralini, c'était quand même quelque chose...), le réchauffement climatique et bien d'autres choses.

 

Dernier truc, je me permets de faire passer un petit texte (sans prétention) que j'avais écrit dans un autre cadre, qui évoque ces problèmes, notamment dans la partie en gras. J'ai enlevé certains passages sans importance, pour éviter de trop lever mon anonymat...

 

"Science, progrès et capitalisme post-moderne :

le triangle des incompatibilités ?

 

(...) La thématique de cette année est : « Progrès – Travail – Savoirs – Idéologies ». (...) S’interroger sur ces concepts est absolument nécessaire à une époque de crise du capitalisme et en même temps de remise en cause de savoirs scientifiques, voire de crise du rapport entre la science et la société. Le développement de la science et le développement capitaliste ont été étroitement liés. La première, en produisant de nouveaux savoirs, permet l’augmentation de la productivité via l’innovation (nouveaux procédés, nouveaux produits et nouvelles organisations), qui apparaît comme l’application commerciale des inventions et découvertes scientifiques. Ainsi, le développement de la science apparaît en partie subordonné au capital. Marx lui-même avait vu un tel processus, dans son fameux fragment sur les machines : il avançait qu’à un certain niveau de développement, les savoirs (en particulier scientifiques) deviendraient tendanciellement la principale force productive, le travail parcellisé et « taylorisé » via les machines (qui sont du travail et du savoir cristallisés/objectivés) perdrait sa centralité. Au contraire se constituerait un General Intellect, une intelligence collective, qui amènerait un dépassement progressif de la mesure en temps de travail et en valeur, et avec celui-ci, un dépassement du capitalisme. Cette thèse de Marx fut reprise par les théoriciens du capitalisme cognitif ou de l’Empire (1*). Cette thèse manifeste d’une certaine manière l’idée selon laquelle le développement des forces productives finit par rendre obsolètes les rapports de production, en l’occurrence capitaliste. Dès lors, on peut se demander légitimement si le rapport entre science et capitalisme n’est pas sur le point d’atteindre ce stade de crise, amenant un nécessaire dépassement de la production capitaliste.

En effet, dans les pays avancés, la sortie de crise apparaît lointaine. Or la crise actuelle a son origine dans la crise précédente, celle du fordisme, qui manifestait un épuisement des gains de productivité et l’arrivée aux limites de la croissance tirée par la consommation de masse du fait de l’augmentation du taux d’équipement des ménages. Il en avait résulté une baisse des taux de profit. Le capital s’était en conséquence restructuré comme suit : (1) mondialisation pour augmenter la division du travail, augmenter la concurrence entre travailleurs et faire baisser les coûts du travail et découvrir de nouveaux marchés ; (2) financiarisation pour permettre la restructuration de l’industrie et réorienter les firmes vers la recherche du profit maximum et la distribution de dividendes ; (3) l’entrée dans un régime d’innovation permanente, dans le cadre d’un nouveau régime de propriété intellectuelle et des rapports entre science et industrie (collaborations plus étroites, voire externalisation de la recherche privée vers la recherche publique, politiques d’innovation…). Mais comme nous le savons, ces processus posent de nombreux problèmes. Tout d’abord, malgré cette orientation marquée vers l’innovation, le capitalisme dans les pays avancés a vu ses gains de productivité continuer à ralentir et les pays se désindustrialiser. Si pourtant de nombreuses innovations ont vu le jour (TIC, biotechnologies…), elles n’ont pas augmenté la productivité à la même vitesse que les précédentes vagues d’innovation. Face au ralentissement de la productivité et la baisse de la part salariale, les pays développés ont eu recours à la dette pour soutenir la consommation de masse, tandis que l’idéologie consumériste a gagné du terrain via l’innovation et via la production d’un sujet toujours insatiable promue par les médias, la publicité, bref ce que Lacan appelait « le discours du capitaliste ». Qui plus est, ces processus de désindustrialisation et la mondialisation diminuent la demande de travailleurs non qualifiés et augmentent celle des plus qualifiés, alimentant ainsi chômage et inégalités. Ensuite, la proximité entre les médias, la « démocratie », la science et le capital posent des problèmes énormes au développement scientifique lui-même. Les médias conduisent à diffuser trop tôt certains travaux scientifiques et à ne les présenter que sur le plan de leurs conséquences économiques directes (nouvelles innovations), tout en en oubliant d’autres recherches. Sur nombres de sujet très politiques, cela nuit largement à la distance et au temps nécessaire pour analyser avec sérénité certains travaux ou résultats, d’autant plus que les experts sont sommés de trancher certains débats politiques (on peut prendre les controverses sur le changement climatique, les OGM, l’efficacité de certains médicaments etc…). Sur ces sujets, très souvent, les controverses scientifiques entre chercheurs rencontrent des questions éthiques, idéologiques, et des intérêts économiques. On pense bien sûr aux intérêts capitalistes quand des entreprises financent des recherches, mais on doit aussi évoquer la question des intérêts des chercheurs eux-mêmes, de leur carrière… En effet, la vision « capitaliste » de la science s’est diffusée dans la recherche publique elle-même. La concurrence pour les financements de recherche, la recherche de la reconnaissance académique (le capital symbolique) et l’évaluation permanente de la recherche (via les revues vérifiées par des pairs et autres) ont transformé certains chercheurs en véritables entrepreneurs scientifiques. Tout cela peut nuire à la recherche de la « vérité » scientifique et à la possibilité de trancher les débats sans passion. Il en résulte un certain nombre de pathologies : dans les cas les plus graves, des fraudes scientifiques avérées, l’exagération de la portée de certains résultats, ou a contrario l’opprobre portée parfois injustement sur certains travaux et, pour ce qui est le moins grave, la « surproduction » d’articles scientifiques à faible valeur ajoutée. De cela résulte une méfiance, devenue presque paranoïaque, sur un certain nombre de travaux et résultats scientifiques. Précisons ici que le doute, la critique et la controverse sont nécessaires au progrès scientifique. Mais le doute peut être instillé à mauvais escient pour défendre des intérêts, des idéologies ou des croyances, et la proximité plus grande entre universités, industrie, demandes du politique et médias peuvent faire craindre une dénaturation de la recherche scientifique.

Le sociologue Robert Merton, qui s’était intéressé à la sociologie des sciences, avait noté que la communauté scientifique se structure normalement sur quatre piliers :

- l’universalisme : les connaissances scientifiques doivent être considérées indépendamment de leur producteur ;

- le désintéressement : les scientifiques ne doivent être intéressés qu'à la découverte de la vérité ;

- le scepticisme organisé : les résultats doivent passer le crible de la critique systématique par les pairs ;

- le communisme : les résultats scientifiques sont des biens publics partagés par la communauté scientifique.

Or, ces normes se sont effritées, car du fait de la proximité au politique et au capital, nous ne regardons plus les connaissances indépendamment de qui en est le producteur, les scientifiques deviennent de plus en plus « intéressés », et le communisme scientifique risque d’être remis en cause par l’appropriation privée des recherches publiques, tout ceci fragilisant le processus du scepticisme organisé. "



#13 Jibrail

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Posté 14 août 2013 - 21:01

Merci Econoclaste pour ton texte et pour ces liens instructifs... C'est assez désespérant, on semble avoir atteint un point de non-retour tellement les fondements du système semble être piégés dans les sables mouvants de la douce corruption qui caractérise notre époque.

 

Comment tous les chercheurs et directeurs scientifiques qui se sont laissés prendre une fois où l'autre aux plaisirs équivoques du "ghostwriting" pourraient-ils avoir ensuite le sursaut de défendre les principes de la démarche scientifique, contre les intérêts de ceux qui leur ont déjà servi la soupe, et qui les tiennent ainsi par la peau des c... ?

 

Et tu as à mon avis mille fois raison de faire le lien avec l'évolution du capitalisme et, en quelque sorte, l'épuisement de la période fordiste correspondant grosso modo aux 30 glorieuses. L'invention du VIH, en pleine période reagannienne, est un témoin de cette nouvelle ère qui débutait, peut-être un de ses premiers legs scientifique.

 

Et aujourd'hui, on est en plein dedans, on en distingue à peine le début  - que je suis personnellement trop jeune pour avoir vraiment connu, et on ne voit strictement pas par où on pourrait en sortir...



#14 Jardinier

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Posté 15 août 2013 - 18:19

Ne faudrait-il pas parler, plutôt que de "legs scientifique", de legs "à caution et à prétention scientifique" ? Tu vois, Jibrail, le résultat 30 ans après, c'est aussi au niveau du langage qu'on peut l'enregistrer. Pour ma part, j'ai bien connu cette période des 2 mandats Reagan, et effectivement, avec l'irruption du soi-disant sida, j'ai eu alors un sentiment très très fort que c'était bel et bien le langage de la vie de tous les jours, via les médias et la propagande médico-sanitaire, qui était en quelque sorte piégé, un peu comme si le fameux 1984 d'Orwell s'avérait prophétique et devenait réellement, toute proportions gardées, la marque - la note maleure - de ces années 1980. Et en réalité, c'était ce qu'écrivait le probable plus grand écrivain italien de son temps, Italo Calvino, vers 1986 :

 

 

 

Lezioni americane.

I propositi per la letteratura a venire, o meglio i valori da conservare per la produzione letteraria (e non solo) del XXI secolo, Calvino li discute esplicitamente nelle Lezioni americane. Si tratta dell’ultimo suo lavoro pubblicato, un ciclo di conferenze che avrebbe dovuto tenere all’università di Harvard fra il 1985 e il 1986. In alcuni di questi memos, riusciamo a scorgere la preoccupazione che nutriva verso le forme della comunicazione e i paradigmi del linguaggio all’interno della società che aveva a venire.

 

Nel capitolo sull’Esattezza, Italo Calvino sottopone alla nostra attenzione il fenomeno della perdita di potere conoscitivo e di immediatezza della parola :

 

“Un’epidemia pestilenziale sembra aver colpito l’umanità nella facoltà che più la caratterizza, cioè l’uso della parola”.

 

Mondo scritto e mondo non scritto.

Percorso tematico sull’opera di Italo Calvino.

di Riccardo Giacconi


Modifié par Jardinier, 15 août 2013 - 18:53 .


#15 Jardinier

Jardinier

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Posté 18 août 2013 - 20:07

Jibrail, Econoclaste : Merci pour vos récentes communcations sur ce fil de discussion.

 

En complément et à titre de piste de travail et de réflexxion, pour revenir à ce que j'ai parfois soutenu sur ce forum, à savoir que ce sont des travaux historiographiques et épistémologiques qui peuvent permettre de comprendre les problèmes du "sida" et le pourquoi de l'émergence d'une orthodoxie et d'une dissidence : Il existe une thèse de doctorat indirectement éclairante, même si hélas elle ne porte que sur la période 1940-1970 :

 

Christelle RIGAL, Contribution à l’histoire de la recherche médicale : autour des travaux de Jean Bernard et de ses collaborateurs sur la leucémie aiguë, 1940-1970  -  http://www.vjf.cnrs....rigal-these.pdf

 

En particulier, il me semble intéressant de pouvoir faire un parallèle entre d'une part le début de la 3ème partie de cette thèse, à savoir prioritairement les pages 238 à 244, portant sur La molécularistion des travaux et sur la naissance de la biomèdecine et du champ du biomédical, et d'autre part une des plus récentes communications d'Etienne de Harven, où il met l'accent sur le passage de la microscopie électronique à la généralisation du recours aux marqueurs moléculaires comme facteur explicatif des impasses de la "sidologie"/immunologie : http://truthbarrier....enne-de-harven/

 

Enfin, comme la problématique de l'apparition du "biomédical" est entre autres choses une question de langage et de nomination, je me permets de présenter aussi un document d'analyse qui me semble important, d'origine dissidente, sur les processus institutionnels de classification et de nomination du "VIH" :

 

Alex Russell,  CONTINUUM  Vol. 5, No. 5  Midwinter, 1998-1999

 

"What's in a name? The latest name for the AIDS virus is in trouble before the christening is over. It is understandable that Gallo should now be unwilling to use the recommended name for any but generic purposes."   Nature, 1st May, 1986, Opinion, p.2

 

"AIDS Virus Has New Name - Perhaps. The name 'human immunodeficiency virus' has been recommended for the AIDS virus, but some prominent dissent raises questions about its acceptance."  Science, 9th May, 1986, News & Comment, p 699.

 

"A thing is what it is not because of its place in the ideal classification system but because of its place in real history. The order of concretely existing things is from now on determined not by ideal essences outside them but by the historical forces buried within them."   Gary Cutting, Michel Foucault's Archeology of Scientific Reason, Cambridge University Press, 1989.

 

The taxonomic classification of 'HIV' (22-23 May, 1986) was ostensibly a strategic invention to present a nomenclature that would unify a diversely identified putative 'retrovirus': human T-cell lymphotropic virus type III ('HTLV-III'), immunodeficiency-associated virus ('IDAV'), aids-associated retrovirus ('ARV') and lymphadenopathy-associated virus ('LAV').  The not so hidden agenda behind this politically expedient move was to enforce the 'belief' that an alleged 'human retrovirus' caused 'immunodeficiency'. 

Thus the manufacturing of 'HIV' hegemonic (misinformed) consent reinforced a 'retroviral' episteme for 'aids' causation. However, thirteen years on 'HIV' has still not proved to be a human immuno-deficiency virus. If the function of a name is to designate its individuality, then clearly 'HIV' was a baptism by mistaken identity. The moment of fictional baptism was reported in Science (Harold Varmus et al., 9 May, 1986), in which eleven of the thirteen members of a subcommittee - ("empowered by the International Committee on the taxonomy of Viruses") - nominated 'HIV': 

We are writing to propose that the AIDS retroviruses be officially designated as the human immunodeficiency viruses, to be known in abbreviated form as HIV...The name is readily distinguished from all existing names for this group of viruses and has been chosen without regard to priority of discovery. The name is sufficiently distinct from the names of other retroviruses to imply an independent virus species...We hope that this proposal will  be adopted rapidly by the research community working with the viruses.

This letter was followed by EDITOR'S NOTE: Myron Essex and Robert C. Gallo, who are also members of the Human Retrovirus Subcommittee, did not sign the above letter.

The same letter was also published in Nature (1st May, 1986) followed by a cautious Editor's note:

An earlier version of this letter asked that journals publishing it should make use of the name HIV  a condition for the publication of research articles. Nevertheless, Nature will continue its present practice of allowing its contributors to use whatever nomenclature seems to them appropriate..."

Science also rejected the use of the name 'HIV' as a "condition" for the publication of articles and deleted the request from the published letter. The original letter from the nomenclature committee asked:

that the editors of all journals that print this letter insist that published papers conform to these rules.

Harold Varmus, Chairman, Human Retrovirus Subcommittee, told Science (9 May, 1986): 

We're not a policing outfit. We can only strongly recommend that researchers use the name and that journals as their authors to use it.

 

While the international sub-committee wanted all journals and scientific papers to refer to 'HTLV-III' as 'HIV', Gallo, who sat on the sub-committee, disagreed by refusing to sign the letter announcing the new name, and refused to call the virtual virus 'HIV' (New Scientist, 15 May, 1986). Gallo wanted the new name to be "human retrovirus" ('HRV'): the power of naming gives one kudos and control over the name.

Most committee members felt that 'HRV' was  too "nonspecific". Joseph Palca ('Controversy over AIDS virus extends to name', Nature, News,1 May, 1986) reported that the name 'HIV' did not win hegemonic consent:

But HIV never had unanimous support from Varmus's subcommittee. Nearly half of the members preferred the current compound name, HTLV-III/LAV. Others, including Gallo, Essex and Temin preferred human retrovirus (HRV)...Steve Gillis of Immunex Corporation at Seattle, Washington, who is familiar with controversies over new names from his own experience with lymphokines, questions whether a name that is not supported by Gallo can win general support. In addition to Gallo and Essex, a prominent AIDS researcher who asked not to be identified indicated that he would not use the new name. Following the Gallo/Heckler paradigm by press conference announcement ("the probable cause of aids has been found") of April 23, 1984, The New York Times ('A Viral Competition over AIDS', April 26, 1984) was quick to spot the power-politics of naming referring to the old dispute between 'LAV' and 'HTLV-III': In the world of science, as among primitive societies, to be the namer of an object is to own it. While being the proud 'owner' of 'HTLV-III', opportunist Gallo did not rule out the possibility of switching to 'HIV' and soon fell into line:

 It's not that I hate the name. If it is accepted widely I would gravitate toward it. (Science, 9th May, 1986).

 

 Max Essex objected to the name 'HIV' because he thought that it revealed "little or nothing about the nature of the virus and may even be confusing". (Science, 9 May, 1986). Essex and Gallo also objected to the name 'HIV' because 'HTLV-III' and 'LAV' had been widely used both in the primary scientific literature and in the popular press: The terms are so thoroughly engrained in the literature that it may be impossible to change them in the minds of people who use them, Essex explained. (Science, 9 May, 1986).
Pressure built. F. Brown, President, International Committee on Taxonomy of Viruses, wrote to Nature (20th June, 1986):

At a meeting on 22 and 23 May 1986 the Executive Committee of the International Committee on Taxonomy of Viruses (ICTV) endorsed the name human immunodeficiency virus recently proposed by a large majority of the members of a study group of ICTV headed by Harold Varmus (Letters, 9 May, p.697) as appropriate for retrovirus isolates implicated as causing the acquired immune deficiency syndrome (AIDS). The new name describes the host and a major biological property of the virus from isolates of human T cell lymphotropic virus types I and II...the committee recommends the use of the name human immunodeficiency virus as the vernacular name to replace HTLV-III and LAV.

Contrary to F. Brown's claim, the "new name" could not describe "the host and a major biological property of the virus...". There was no isolated evidence then (as now) that this amorphous stuff was a putative 'retrovirus' that caused 'immunodeficiency'. The acronym 'HIV' is meaningless. The  Executive Committee of the International Committee on the Taxonomy of Viruses should be charged under an appropriate jurisdiction for ratifying a fraudulent nomenclature. There is no 'gold standard' definition of 'HIV', as Eleopulos et al. state: 

There is no agreement on the precise taxonomic classification of HIV. Initially, HIV was reported as an Oncoviral type-C particle, then a type-D particle, and then as a member of a different Subfamily, a Lentivirus... 

('Has Gallo proven the role of HIV in AIDS?', Eleni Eleopulos et al., Emergency Medicine, 1993). 

 

Harry Rubin, Professor of Molecular Biology at Berkeley, observed that to many, the name 'HIV' itself becomes the 'proof' of 'HIV'! : 

One of the things I want to point out is the tricky business of naming a virus. Naming something HIV, Human Immunodeficiency Virus, Avian Leukosis Virus, Avian Myelocytosis Virus - all of those names fix in the minds of those who use them, or work with them, that this is the proof. It's like Noah naming the animals, a way of controlling them. It's really more of a political than a scientific problem. 

Lacanian cultural theorist, Slavoj Zizek pinpoints the idiocy behind the tautological belief that a 'name' of an 'object' is what 'it is' because 'it' says 'it is':

Here we encounter the dogmatic stupidity proper to a signifier as such, the stupidity which assumes the shape of a tautology: a name refers to an object because this object is called that... (The Sublime Object of Ideology, Verso, 1989).

Meditel's 'AIDS'-analyst Michael Verney-Elliott dismisses 'human retroviruses':

I propose there are no human retroviruses..'HIV' is not Human, it has never been proven to be the cause ofImmunodeficiency, and is not a Virus, but a misinterpreted artefact of human and simian cell cultures. Therefore the acronym 'HIV' is wrong on all counts. ('SIV' and Poliovaccination - A Shot In The Foot?, unpublished, 1999).

 

Virologist and political activist, Dr. Stefan Lanka has long argued that 'HIV' is non-viral material: 

I found that when they are speaking about HIV they are not speaking about a virus. They are speaking about cellular characteristics and activities of cells under very special conditions...I realized that the whole group of viruses to which HIV is said to belong, the retroviruses, in fact do not exist at all. (Zenger's, December, 1998).

 

What has been taken for 'HIV' is mimesis: the construction of an object according to verisimilitude, rather than truth: 'mock-virus', 'virus-like particles', etc. Philosopher, Jaques Derrida's strategy for achieving the suspension of elusive acronyms such as 'HIV' is the device of placing words 'under erasure' , signified by crossing them through - thus invalidating their putative meaning and warning the reader not to accept them at face value. This textual strategy will help to emphasise that the correspondence between the signifier (HIV) and the signi-fied-stuff (non-viral material, microvesicles, etc.) is spurious and arbitrary. Critical Theorist, Mark Cousins on the problematic of naming:

"Who has the authority to name? The question of naming is deeply embedded in questions of authorisation. The name is an externally imposed form of bureaucratic registration. What is at stake is not the object but the name of the object...What is in the name is not there. To call upon a name is to fail because by definition, nothing is there. The name is that which is there in the absence of the object. There is nothing behind the name...The name is the last survivor."  ('In the Name of the Object', Mark Cousins, 6th November, 1998).

 

As there is nothing behind the name HIV why do retrovirologists still hunt for the impossible object of desire - HIV? They desire the signifier ('HIV') because the signified (HIV) does not exist. Retrovirologists' insane scopic drive to penetrate HIV is just an objectification of a void; their 'scopicdrive' to unveil HIV becomes the impossible infinite quest to recover a lost object of desire. The HIV paradigm embodies a 'theory of desire': it 'promises' without ever quite 'delivering'. Thus it is the absence of HIV that sustains the drive. According to Slavoj Zizek, HIV exemplifies psychoanalyst Jacques Lacan's 'object petit a' (the object-cause of desire): "an object that is, in a way, posited by desire itself". Lacan stated that the 'objet a' is not a Real object, but the "presence of a hollow, a void, which can be occupied...by any object". The desire to unveil the (illusory) 'HIV' (the 'petit objet a') under the gaze of the electronmicroscope inevitably throws up a distortion of 'objective reality' because the retrovirologists gaze has inserted his/her desired (distorted) interpretation of the image over the imaged signified-stuff. Zizek's thesis on the economy of desire epitomises the 'retrovirologists' psychotic desire to penetrate the phantom HIV: 

The paradox of desire is that it posits retroactively its own cause, i.e., the object a is an object that can be perceived only by a gaze 'distorted' by desire, an object that does not exist for an 'objective' gaze. In other words, the object a is always, by definition, perceived in a distorted way, because outside this distortion, 'in itself', it does not exist, since it is nothing but the embodiment, the materialization of this very distortion, of this surplus of confusion and perturbation introduced by desire into so-called 'objective reality'. The object a is objectively nothing, though, viewed from a certain perspective, it assumes the shape of 'something'...Desire 'takes off' when 'something' (its object-cause) embodies, gives positive existence to its 'nothing', to its void... ('How Real is Reality?': Looking Awry, MIT Press, 1991).

The 'HIV' signifier "perfectly exemplifies the way fantasy space functions as an empty surface, as a kind of screen for the projection of desires" (Zizek).

Lacan stated that "what makes man desire, what is the cause of their desire...is this 'objet a'...a phantom...which fascinates them". HIV is a phantom that can assume an infinite number of mutable strains to meet the HIV fantasists' ('hiv-researchers') infinite desires. The 150,000 plus papers written 'In The Name Of HIV' represent a 'scopic-drive' group-fantasy concerning the ontological and metaphysical maneuvers of kitsch kamikaze HIV kinetics.

 

Thus the papers written 'In The Name of HIV' merely reveal the arbitrariness and distance between the signifier ('HIV') and the signified-stuff (non-'HIV') which becomes more and more dislocated and dissolved the more they try to penetrate the signified stuff until all that is left is the spurious signifier. The drive to see the stuff turns out to be just a drive to see the name: with the failure of the object HIV to be present - all they have left is the 'name'; and there is nothing 'in' the 'name'. Yet hundreds of thousands have been sacrificed 'In The Name of HIV'. The name 'HIV' (as a curse) becomes a sacrificial effigy to which the 'diagnosed' are offered: just like those who are sacrificed to the 'Whicker Man'. Names can kill. The taxonomic construction of HIV is the most sadistic-hex-hoax since the invention of 'GOD'. Those Acting In The Name Of HIV have initiated man-made mass death. We must erase the names 'HIV' and 'GOD' before these names erase us. The names 'HIV' and 'GOD' existed only in order to be annihilated.

 

Psychoanalyst and author, Julia Kristeva observes the name betrays the Thing-in-itself:

...the belief in conveyability ('mother is nameable, God is nameable') leads to a strongly individualized discourse...But in that very practice we end up with the perfect betrayal of the unique Thing-in-itself (the Res Divina). Why is the nomination a betrayal? Because if all the fashions of naming it are allowable, the verbal reality, the Thing postulated in itself, becomes dissolved in the thousand and one ways of naming it...

 

In 1980 Gallo's HL23V was 'decommissioned', 'declassified', 'unnamed' and was agreed to be 'non-existent' - it is now time for the sacrificial-signifier HIV to be 'decommissioned', 'declassified', 'unnamed', because the stigmatised signified-stuff is non-existent. What will be the devastating consequences of unnaming HIV?

 

Alex Russell

http://www.alexalienart.com/sonia.htm

 


Modifié par Jardinier, 18 août 2013 - 20:14 .


#16 Jardinier

Jardinier

    Chercheur de quoi déjà ?

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Posté 27 septembre 2013 - 22:39

"Peut-on censurer au nom de la science ?"

 

En conclusion d'un article sur son blog du Monde commentant le décision du journal de vulgarisation scientifique américain Popular Science de fermer les commentaires à ses publications sur son site internet, ce en raison de l'intrusion des trolls parmi les commentateurs, Pierre Barthélémy écrit :

 

"Popular Science a opté pour une solution radicale que je regrette tout en la comprenant."

 

Pour prendre la mesure de l'état d'esprit et de certains des problèmes et dilemmes de ce journaliste scientifique, ainsi que plus largement de son milieu d'activité, une solution très simple consiste à lire son article, ce qui est possible ici :

 

http://passeurdescie...-de-la-science/

 

D'aucuns accoutumés aux problèmes de la dissidence et ayant l'esprit critique suffisamment affûté ne manqueront pas de relever dans la prose de ce monsieur quelques perles plus ou moins larvées et, aussi, quelques vagues pistes de méditation intéressantes.

 

En particulier :
 

 

La deuxième question est celle qui donne son titre à ce billet : peut-on censurer au nom de la science ? La science est un perpétuel processus d'erreurs et de corrections. Elle est réfutable par essence et toute théorie, même la plus éprouvée par l'expérience, peut être remise en cause à tout moment si une expérience la prend en défaut. La science est aussi une agora dans laquelle chacun soumet ses arguments aux critiques des autres avec l'espoir qu'en débattant, on percevra mieux le visage de la vérité. Si l'on s'en tient à ce résumé, la censure est donc à l'opposé du fonctionnement de la recherche. Mais, [lapalissade et en même temps gros bémol, (note de l'auteur de ce post)] sur le plan pratique, cela n'est valable que si tous les participants acceptent les règles du jeu.

 

 

Le descriptif de la Charte des blogs du site internet Le Monde tel que rappelé dans l'article peut, aussi, faire question. Que soit proscrit le "prosélytisme (...) à des fins politiques" se comprend sans peine à première vue pour les étourdis et les écervelés. Mais dès que l'on y réfléchit davantage, selon quels critères décider où commence et où finit le prosélytisme - ... et la censure - en la matière ? Qu'est-ce qui est politique et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Tous les discours de conviction ne sont-ils pas par définition des discours de prosélytes véhiculant plus ou moins explicitement une signification politique ? La communication des chercheurs et celle des journalistes scientifiques sont-elles si entièrement imperméables aux caractéristiques du discours de conviction que le scientisme tend à nous le faire accroire ? Etc.


Modifié par Jardinier, 27 septembre 2013 - 22:53 .


#17 Jardinier

Jardinier

    Chercheur de quoi déjà ?

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Posté 18 novembre 2013 - 00:37

Du côté des sciences humaines, quelques nouvelles intéressantes :

 

* D'une part, comme j'avais annoncé la tenue à Bordeaux en octobre 2012 d'un colloque Médias et Santé publique, il se trouve que les actes de ce colloque sont désormais en ligne sur le site de la revue Texto :

 

http://www.revue-tex...dex.php?id=3422

(Une fois sur cette page, il faut cliquer sur les titre en rouges pour ouvrir une nouvelle page,

puis sur la mention "Télécharger le PDF" au bas du résumé à gauche.)

 

San doute riches d'enseignements utiles à la dissidence - tant sur les médias et la santé que sur des questions connexes en sciences de la communication et autres - pour qui aura la patience de lire attentivement toutes les communications, ces actes de colloques pourront paraître décevants et frustrants sur la question du sida.

 

A noter cependant une analyse intéressante dans la communication s'intitulant "Médias/Santé/Censure. Autour de la publicité". Celle-ci comprend en effet une étude sur trois cas de communication publicitaire relative au sida ayant donné lieu à une censure. L'analyse qui en est faite s'avère tout à fait éloquente quant à l'idéologie de la "prévention" et aux fantasmes "sous-jacents"... et d'autant plus opérationnels, en matière de communication sur le sida.

_________________

 

* D'autre part, une revue de sciences sociales en ligne, GSS (pour Genre, sexualité et société, dirigée par Gabirel Girard) a publié dans son n° 9 un dossier sur le sida :

 

http://www.gabriel-g...ete-n9-vihsida/

 

En résumé :

 

"Les textes présentés dans ce numéro soulignent tous l’importance de déconstruire les modes de production des catégories (épidémiologiques, médicales, administratives) structurant le sida comme fait social et d’analyser les effets des classifications sur les réponses apportées à l’épidémie comme sur les populations concernées."

 

Le dossier présente notamment des articles anciens, dont plusieurs traduits de l'américain. Les articles de Denis Altmann (" Sida : la politisation d’une épidémie ", 1984), de Paula Treichler ("Le sida, l’homophobie et le discours biomédical : une épidémie de signification" , 1987) et de Cindy Patton ( "L’industrie des services sida : la construction des « victimes », des « volontaires » et des « experts »", 1990) ou en core de Frédéric Le Marcis ("Permanence des impensés de la lutte contre le sida et nécessité d’une pensée critique"), peuvent je pense présenter un intérêt tout particulier dans l'optique dissidente.

 

Je n'ai pas encore lu intégralement tous les articles, mais il est assez probable qu'aucune mention explicite n'est faite de la dissidence, ni aucune remise en question explicite de la théorie du VIH, ce qui s'explique entre autres du fait que le champ médico-scientifique est envisagé d'un point de vue externe. Cependant, la démarche - à la fois historique, sémiologique, épistémologique et socio-linguistique - présente une belle dimension d'éducation au doute, au scepticisme et à l'esprit critique, y compris sur les tenants et aboutissants des constructions médico-scientifiques, dimension telle, donc, qu'elle n'est pas en opposition radicale loin de là avec l'approche dissidente. A lire avec attention et à méditer...


Modifié par Jardinier, 18 novembre 2013 - 01:32 .


#18 steph1960

steph1960

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Posté 23 novembre 2013 - 18:11

Salut à tous.

Si vous allez aussi bien que moi, la vie est belle.

Depuis le 20 octobre finis les cachets pour le HIV ( aprés 10 mois de sevrage progressif, prezista, isentress, norvir ) et le coeur ( aprés 2 mois de sevrage progressif,  plavix, aspro et lescol contenant des statines ( poison hautement toxique qui fait les ravages escomptés au sein de l'humanité ).
Pour le boost, 3 semaines de gelée royale et Q 10 (traitement de 60 jours) me font passer le cap sans fatigue.

Premier constat, une nouvelle vie commence empreinte de forces retrouvées. La difficulté a consisté à résister aux confusions générées dans la tête par l'arrêt total de ces "thérapies". La crainte de revivre la dégénérescence que j'avais subie lors d'une tentative de sevrage bloc en 99, me fais chaque matin ausculter mon esprit et mon corps pour contrôler leur état. Cette angoisse est probablement le frein le plus difficile à lever. 

D'abord mon cerveau: l'enthousiasme revient; la sociabilisation s'améliore; ma capacité d'organisation s'accroît; envie de vivre intensifiée; les sentiments d'être à bout de forces, d'être prôche de la fin diminus pour laisser place à l'espoir et à la joie d'avoir le sentiment d'échapper à la mort programmée par les "décimeurs" contraints par peur, à la purge humanitaire engagée depuis Malthus.

Mon corps: la fonte de mes muscles cesse; mes douleurs articulaires s'estompent; l'appétit augmente; aucune fièvre ni infection ( petit début d'angine résorbé sans soin ); force physique multipliée par 2; vision améliorée; crampes envolées; difficultée à déglutir passée et je me sens d'attaque comme il y avait bien longtemps que ça ne m'était arrivé, au point que je n'ai pas dû faire encore le tour de toutes les améliorations dont l'arrêt des traitements me fait bénéficier.

Désolé pour les partisans des analyses sanguines car je m'en fiche et ne m'y intéresse pas.

Demeurent des douleurs dans les reins sûrement dûes au 2 mg de subutex que je consomme encore. Ce "médoc" m'atteint le système rénal et urinaire, la prostate et prive de libido. Je sais qu'une fois sevrer de ce dernier traitement, ces choses vont aller mieux surtout aprés 13 ans de sa consommation. 

 

Je vous tiens et courant et vous lis toujours mais il y a tant de projets... pour si peu de temps !

 

A tous bon toujours.



#19 steph1960

steph1960

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Posté 23 novembre 2013 - 18:15

Excusez mes fautes d'orthographe grossières du^à des remaniements de textes mal maîtrisés.






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